Berthier de Franck Favier

De toutes mes lectures sur le Ier Empire et sur Napoléon, outre tous les destins et personnages qui prennent part à l’épopée, une silhouette apparaît toujours, à la fois fugitive mais importante, discrète mais imposante, c’est celle de Louis-Alexandre Berthier. La biographie de Franck Favier, parue en avril 2015 aux éditions Perrin, cherche à donner un nouveau coup de projecteur sur celui qui est considéré comme l’ombre de Napoléon (pour reprendre le sous-titre de la biographie). Et l’historien, ancien élève de Jean Tulard – rien que ça ! -, choisit de raconter le futur maréchal et d’établir un portrait au plus juste de la réalité.

Car la famille Berthier est une famille ambitieuse, d’origine modeste (Franck Favier, dans un premier chapitre, retrace la généalogie de la famille, ne manquant pas de signaler, par exemple, que l’arrière grand-père de Louis-Alexandre était laboureur [page 16]) et qui parviendra à approcher le roi Louis XVI et d’évoluer dans sa sphère au point où Louis-Alexandre sera envoyé en mission aux Etats-Unis, sous les ordres de Monsieur de Rochambeau, pour aider les insurgés américains à combattre les Anglais lors de la guerre d’Indépendance. Il côtoie alors Washington, John Adams et d’autres pères fondateurs de la nation américaine et goûte aux prémices d’une liberté qu’il ne cessera de défendre.

 berthier

Loin d’être contre la monarchie, Berthier dénigre seulement l’absolutisme de la royauté et est un partisan d’une réforme profonde. Et pendant les troubles révolutionnaires, il n’hésitera pas une seconde à aider Mademoiselle Adélaïde et Mademoiselle Victoire, filles de Louis XV, de la foule parisienne.

Mais la Révolution Française et la chute de la monarchie lui sera profitable dès le 25 mars 1796 quand son chemin rencontre celui d’un jeune général corse, Napoléon Bonaparte, alors général en chef de l’armée d’Italie. Il perd alors le contrôle de son destin, qui ne fera qu’un avec celui du futur Empereur qui le nommera chef d’état-major de sa Grande Armée. Il sera l’ami fidèle de Napoléon qui le récompensera par les honneurs. Citons-en quelques uns : maréchal d’Empire dès 1804, prince de Neufchâtel et Valengin (1) en 1806, prince de Wagram en 1809. Berthier se fond alors dans l’ombre de Napoléon, surveillant la bonne exécution des ordres de l’Empereur, ce qui lui vaudra des critiques acerbes de la part de ses détracteurs, le décrivant comme étant inutile et sans profondeur.

Ce qui reste le plus intéressant chez ce personnage est d’ordre privé, c’est le Berthier romantique qui s’éprendra de la jeune et belle marquise Visconti, de l’ensorcelante Giuseppa. C’est pour elle qu’il faillît abandonner Bonaparte en Egypte. Berthier serait-il un digne héros d’un roman de Hugo ou de Musset ? C’est l’image qui en ressort, celui de l’homme face à un destin inquiétant, presque inéluctable, lorsque Napoléon, en bon chef de famille et de régime, le presse de se mettre au pas et de rompre toute relation avec l’Italienne. Il refuse alors, gardant Giuseppa auprès de lui, prêt à endurer le courroux impérial, même lorsqu’il se résignera à se marier avec Elisabeth de Bavière qui acceptera la présence envoûtante de l’ancienne maîtresse. Les deux femmes seront proches l’une de l’autre, partageant la même passion, le prince de Wagram.

Le dernier point essentiel qui est développé par la biographie réside dans les talents d’administrateur de Louis-Alexandre qui parviendra à gérer un domaine impressionnant et qui le rendra multimillionnaire (page 191).

Il en ressort une biographie claire, limpide sur l’un des personnage de l’Empire les plus importants, fidèle à l’Empereur et à ses convictions, jusqu’à sa mort brutale et mystérieuse en 1815.

Berthier de Franck Favier, éditions Perrin, 2015, 335 pages, 22,90 euros.

Note :

(1)

À noter que le Dictionnaire Napoléon, sous la direction de Jean Tulard, dans l’article Berthier du Général Gambiez (pages 211-213 du premier volume), l’orthographe de Valengin est remplacé par Vallengin

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s