Pour la gloire de James Salter

Le premier roman d’un écrivain se révèle toujours d’une grande importance lorsqu’il advint le temps d’étudier son oeuvre. On y retrouve toujours ses obsessions, ses peurs et son style en germination et on surprend des détails de caractères autobiographiques. James Salter n’échappe pas à cela avec son premier roman Pour la gloire (The Hunters en anglais) qui paraît enfin en version française, presque soixante ans après sa première parution. Mais, d’une manière paradoxale, ce premier roman est aussi le dernier qu’il nous livre, James Salter s’étant éteint à l’âge de 90 ans, le 19 juin dernier.

De son vrai nom James Horowitz, il n’hésitait pas à insuffler à ses personnages un grand point commun avec lui-même : l’armée. Il entra à l’académie militaire de West Point en 1942, fut formé au pilotage et se porta volontaire pour une affectation en Corée, lieu où se déroule Pour la gloire. La discipline et la droiture militaire l’ont suivit toute sa vie et jusqu’à la mort : nonagénaire, il mourut pendant sa séance de gymnastique.
James Salter Pour la gloire

Pour la gloire est donc un roman profondément autobiographique dans lequel James Salter exploite son vécu en mettant en scène le capitaine Cleve Connell qui arrive en Corée avec son ordre de mission et découvre que l’objectif de chacun est d’abattre le plus de Mig-15 possibles, un Mig étant un avion russe, pour devenir un « as », un membre de l’élite. Car, nous rappelle James Salter dans la préface de son roman parue en 1997 : « Les pilotes de chasse ne se battent pas, a écrit Saint-Exupéry, ils assassinent » (page 10). il n’y a pas de place pour la compassion lorsque l’on est en guerre.

Nous sommes loin des longues phrases élégantes qui font l’oeuvre de Salter, ici l’écriture, tout en ayant cette distinction « fitzgeraldienne », est directe, sans fioriture. L’expérience militaire de l’auteur lui permet de trouver le mot juste pour saisir le réalisme des combats aériens et cette sensation que le temps n’a plus la même importance dans les airs.

Ce roman est aussi un récit initiatique dans la grande veine du roman dit d’apprentissage : le capitaine Cleve Connell est face à un rite de passage pour devenir un homme accompli, celui d’abattre plus de cinq Mig pour devenir un « as » et affronter un certain Casey Jones, le surnom d’un avion ennemi. Son objectif devient une véritable obsession qui va remettre en cause les relations que le capitaine entretient avec ses collègues et ce, pour une seule chose : « connaître une fois encore le souffle de l’excellence, à côté duquel tout le reste n’était que chienlit » (page 185), pour la gloire tout simplement.

Mais c’est aussi un roman mélancolique comme sait bien en écrire James Salter. On retrouve, au détour d’une permission à Tokyo, la joie d’une vie sociale, d’une vie normale, « réduite à cela à présent, au besoin de satisfaire les appels de l’esprit et de la chair » (page 121), une certaine volonté d’un retour aux choses plus simples; plus terre-à-terre.

C’est le roman idéal pour réconcilier les lecteurs avec l’oeuvre de James Salter, ceux qui ne voyaient dans ses romans que de l’ennui, une excellente introduction à son oeuvre pour savourer ensuite ses chefs d’oeuvre et, pour les connaisseurs, le moyen de prolonger l’envoûtement qui s’opère en nous au fil de ses mots.

Pour la gloire de James Salter, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Philippe Garnier, éditions de l’Olivier, 2015, 240 pages, 21 euros.

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