Mahaut d’Artois de Christelle Balouzat-Loubet

Figure littéraire avant toute chose, superbement mise en scène dans deux séries et interprétée par Hélène Duc en 1972 puis par la grandiose Jeanne Moreau en 2005, le personnage historique de Mahaut d’Artois a été largement éclipsé par l’oeuvre de Maurice Druon. Cette biographie de Christelle Balouzat-Loubet, maître de conférences en histoire médiévale à l’université de Lorraine (Nancy), s’attache à rétablir le parcours de la comtesse d’Artois.

Mahaut

« Son visage, au masque engraissé, donnait une impression de force et de volonté. Elle avait le front large et bombé, le cheveu encore bien châtain, la lèvre un peu trop duvetée, la bouche rouge ». (1) Dans une description tout droit sortie de son imagination, Maurice Druon dépeint un personnage au physique bien marqué et dans lequel se lit la détermination et la force du personnage. Ici s’arrête la ressemblance avec le personnage historique, nous signale dans son avant-propos l’agrégée d’histoire, auteur d’une thèse intitulée « Le gouvernement de la comtesse Mahaut en Artois (1302-1329) ». Car le but premier de cette biographie est de révéler la véritable Mahaut d’Artois, sans pour autant dénigrer la figure littéraire du cycle des Rois Maudits car, bien que basé sur des faits historiques, n’oublions pas que la saga de Maurice Druon est avant-tout une fresque littéraire, un roman prenant et intelligent.

Petite-nièce de Saint-Louis, belle-mère de Philippe V dit le Long, Mahaut évolue dans l’entourage royale toute sa vie durant et est à la tête de l’une des régions les plus riches de France. Sa date de naissance nous est inconnue, laissant un certain flou dans la vie de la future comtesse, qui nous donne l’impression d’inachevé. Le véritable défi, nous explique en quelques mots l’historienne, réside dans le manque de documents administratifs et de sources, fait récurrent lorsque l’on s’attelle à la période du Moyen-Âge et ce jusqu’à un temps avancé.(2) Mais l’existence de Mahaut est tellement lié à l’Artois et à la Bourgogne que les grandes lignes de sa vie se dessine.

On distingue alors deux faces, deux visages dans la comtesse. Celle d’une femme de son temps, éduquée à la Cour royale certes, mais recevant une éducation réservée aux filles, une femme promise à un homme en vertu d’une alliance matrimoniale où les affaires de cœur n’avaient pas lieu d’être : Othon de Bourgogne était âgé de trente ans de plus que Mahaut tandis que celle-ci devenait le chaînon manquant pour un rapprochement franco-bourguignon. C’est aussi une femme dont la fonction principale était d’ordre reproductive : elle eut cinq enfants ; l’aînée, Jeanne, future Reine de France, avant que la comtesse n’ait eu vingt ans.

Mais Mahaut est aussi l’une des rares femmes du Moyen-Âge à avoir autant de pouvoir. « Avec l’énergie d’un homme de guerre et la ténacité d’un légiste » (3), nous dit Maurice Druon dans son portrait de la comtesse. Il n’est pas loin de la vérité car elle réussit à imposer son autorité sur le comté d’Artois qu’elle reçoit en héritage, elle parvient à réprimer une révolte et à contrer son neveu Robert d’Artois qui se sentait léser de son héritage. Mais, loin d’être une femme de guerre, en outre d’être une gestionnaire avisée, Mahaut était aussi une femme cultivée, lisant les dernières parutions de son époque, la grande littérature du Moyen-Âge, finançait de nombreuses œuvres de piété – loin d’être des actes désintéressés mais jouant un rôle pour avoir accès à la vie éternelle -.

Dans une synthèse accessible, Christelle Balouzat-Loubet permet de saisir la véritable nature d’un personnage qui ne nous est connu que grâce à des romans historiques. Elle trace, dans un portrait vivant, celle qui se révèle être une femme forte et puissante, une femme de pouvoir, presque avant-gardiste du fait de sa position et dresse aussi un état de la France et de l’Artois tandis que l’imminence de la guerre se fait ressentir, prête à s’abattre sur le royaume de France pendant plus de cent ans.

(1) Maurice Druon, Les Rois Maudits, volume 1 : Le Roi de Fer, Le Livre de Poche, page 187.

(2) Il suffit de lire l’excellente biographie de François Ier de Didier Le Fur, paru en 2015 aux éditions Perrin, pour voir à quel point le manque de sources reste préjudiciable lorsque l’on aborde la vie de grands personnages (notamment royaux).

(3) Maurice Druon, Les Rois Mauditsop. cit., page 187.

Mahaut d’Artois de Christelle Balouzat-Loubet, éditions Perrin, 2015, 224 pages, 19,90 euros.

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