Évariste de François-Henri Désérable

L’Histoire peut parfois être bien cruelle avec certaines personnes. C’est notamment le cas avec Évariste Galois, cet illustre inconnu qui côtoie le quotidien des gens à travers une plaque indiquant une rue qui porte son nom. Il n’y a pas besoin d’avoir une grande imagination pour voir apparaître devant ses yeux ce rectangle bleu en acier au liseré blanc et dont les lettres se détachent de son fond pour aider les passants à se repérer : RUE ÉVARISTE GALOIS, 1811 – 1832, Mathématicien. Un petit tour sur Google puis sur les pages jaunes m’indiquent bien qu’elle existe bien, cette rue, à Paris, dans le XXème arrondissement. Elle existe aussi à Béziers, à Clermont-Ferrand, et sûrement bien d’autres. Car il faut reconnaître que ce nom reste inconnu pour beaucoup de monde et c’est en cela que l’ouvrage de François-Henri Désérable est formidable, c’est cette volonté de replacer le personnage sur le devant de la scène.

18963

François-Henri Désérable, de sa courte « carrière » littéraire, a fait une entrée fracassante dans les médias et dans les librairies. Son premier ouvrage, Tu montreras ma tête au peuple, paru en 2013 chez Gallimard, est un recueil de nouvelles se déroulant pendant la Révolution Française et a obtenu trois prix littéraires : le prix Amic de l’Académie Française, le prix littéraire de la Vocation et le prix Jean d’Heurs du Roman historiques. Évariste a, quant à lui, reçu – pour le moment – deux prix : le prix Geneviève Moll de la biographie et, tout récemment, le 16 juin, le prix des lecteurs de L’Express-BFMTV. Souhaitons lui de continuer sur la voie du succès, en tout cas, c’est bien parti pour.

Pour ce premier roman, Désérable change de style, troque la concision dont il faisait preuve dans ses nouvelles pour un style expansif et, à l’inverse du personnage principal, dont on sait peu de chose finalement, comme se plaît à nous le répéter au détour d’une virgule l’auteur, choisit la profusion des mots pour combler un déficit de faits.

Car, d’Évariste Galois, considéré comme le Rimbaud des mathématiques, nous ne savons pratiquement rien, mis à part sa date et lieu de naissance et sa terrible mort, ce lycée Louis-le-Grand qui verra son génie se développer, et ses manuscrits qui furent publiés après sa mort par Joseph Liouville, mathématicien et professeur à Polytechnique. Tout comme l’un des rares portraits de lui, un dessin de sa soeur, Nathalie-Théodore, croqué lorsqu’il avait quinze ans et que nous reproduisons ci-dessous.

Evariste_galois

Évariste, nous précise l’auteur dans son deuxième chapitre (qui seront au nombre de vingt, comme le nombre d’années que vécut le mathématicien), est prédestiné dès sa naissance à faire quelque chose d’exceptionnel, c’est même contenu dans son prénom, un dérivé du grec áristos, « le meilleur » [page 23]. Et la plume de l’auteur s’emballe alors pour saisir au plus près les sentiments du jeune homme et pour combler les nombreuses zones d’ombre qui entoure le mathématicien.

Car il y a une chose qui nous surprend, d’emblée, immédiatement. C’est que Évariste tente de faire partie de l’Histoire, celle avec un grand H, de ce monde qui va toujours trop vite, déjà à l’époque. Il a vécu sous Charles X et Louis-Philippe il a assisté à une révolution et à un environnement politique changeant, instable, qui donnera petit à petit naissance à celui que l’on connait. Il a côtoyé Dumas, le grand Dumas qui aura une place pour lui dans ses gigantesques Mémoires, il croisera en prison Nerval, ce fou, ce génie, l’auteur de Sylvie, d’Aurélia, « le Nombre et le Verbe se promirent de se revoir », le Nombre étant Évariste, le Verbe Nerval. « Et on sait, bien sûr, qu’ils ne se revirent pas. » [page 115].

Puis elle arrive, cette Ève qui lui fera croquer la pomme, qui le précipitera dans sa chute. Un duel se prépare, Désérable rallonge ses phrases pour retarder l’événement fatidique, comme s’il pouvait l’éviter. Il n’en sera rien, une histoire d’amour avec Stéphanie le conduira à se battre. L’histoire s’achève sur un lit d’hôpital. Il a toujours une victime dans l’histoire.

François-Henri Désérable nous livre une formidable biographie romancée où il nous promène dans la première moitié du XIXème siècle, au fil de sa prose impertinente qui nous prend à témoin, nous fait participer à cette vie hors du commun et où, finalement, tout se joue à une position d’un pouce qui peut entraîner la mort comme la vie. Eh oui, mademoiselle !

Évariste de François-Henri Désérable, éditions Gallimard, 2015, 175 pages, 16,90 euros.

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