Jules de Didier van Cauwelaert

Le nouveau roman de Didier van Cauwelaert ne fait pas les choses comme tout le monde et ce, en donnant le rôle du personnage principal à un animal et en nous entraînant dans une sorte de road-trip dont le guide n’est autre que ce chien qui donne son nom à l’ouvrage, Jules. Car c’est le métier, la vocation du labrador que d’être guide et en particulier d’être chien d’aveugles.

Dans une note de l’auteur, située en fin d’ouvrage, Didier van Cauwelaert nous déclare : « Les chiens d’aveugles sont l’une des premières passions de ma vie » [page 277] et nous explique en quoi ce roman lui tenait à cœur. N’oublions pas qu’il est membre du jury du Prix littéraire 30 Millions d’Amis et, de fait, fortement investi dans la cause animal. « Je venais de prendre la première vraie décision qui engageait mon destin. Et c’était de suivre un chien » lit-on à la page 130. Tout le nouveau roman de Didier van Cauwelaert tient dans cette phrase. Et le lecteur aussi s’en remet à Jules.
9782226314833g

L’histoire débute sur la rencontre des deux protagonistes humains du roman à l’aéroport d’Orly Ouest : Zibal, vendeur de macaron chez Ladurée, et Alice, aveugle, qui achète des macarons, et en particulier à la fraise Tagada. S’ensuit une scène digne d’une comédie sentimentale, où Zibal ne peut s’empêcher de penser à la chanson de Jacques Brel, Ne me quitte pas et à une parole, presque prémonitoire : « Laisse-moi devenir […] l’ombre de ta main, l’ombre de ton chien« . C’est presque un coup de foudre pour Zibal qui cherche à faire durer l’instant. Pour Alice, c’est un instant crucial, le début d’une nouvelle vie : elle part à Nice pour se faire opérer des yeux. Elle en reviendra changée, au grand malheur de son chien, Jules, qui perd finalement toute son utilité, toute sa raison d’être au point qu’il ne reconnaît plus sa maîtresse. « Après dix secondes de tremblements, il s’est approché, très lentement, en grognant » [page 39].

C’est un nouveau départ pour Alice : son approche du monde qui l’entoure la déstabilise, la fige dans un immobilisme contraire à sa joie de vivre, à son attitude, à la résignation qu’elle cachait derrière de la bonne humeur lorsqu’elle était aveugle. Elle va réapprendre à vivre en voyant des couleurs, les visages des gens, dont celui de Fred, qui partage sa vie. Elle en rejoindra Zibal qui ne parvient pas à avancer dans sa vie, alors qu’il a dans sa poche un diplôme de biochimiste et un autre d’astrophysique, condamné à vendre des macarons Ladurée pendant qu’il dépense son argent dans l’étude des ferments lactiques de yaourts. Coincé entre une mère qui se sert de lui pour augmenter la vente de ses livres et une ex petite-amie qui a dû le licencier, il se retrouve dans une appartement du XIVème où sa voisine au-dessus reçoit des cadres supérieurs et des hauts fonctionnaires pour une séance sado-masochiste. Comme si la faculté de voir nous enlevait une chose essentielle qui nous permettait de nous épanouir, de nous tenir éloigner des à-priori.

Et il y a Jules, obligé de changer d’aveugle, qui tombe sur un colonel qui n’hésitera pas à lui donner des coups. Dès qu’Alice recouvre la vue, son existence devient superflue, inutile à la jeune femme, lui qui a été dressé pour aider les gens, pour se rendre utile. C’est sa condition. Et il la retrouvera quand il choisira de réunir Zibal et Alice, comprenant qu’ils sont complémentaires.

Au-delà d’une comédie sentimentale et plaisante, Didier van Cauwelaert n’hésite pas à aborder des sujets sensibles, celui concernant les aveugles et leurs chiens, les épileptiques, de leurs conditions dans notre monde moderne et livre un véritable plaidoyer pour les animaux. C’est un livre qui dégage un parfum estival, léger, idéal pour la plage en cette période de vacances.

Jules de Didier van Cauwelaert, éditions Albin Michel, 2015, 288 pages, 19,50 euros.

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