Le voyage d’Octavio de Miguel Bonnefoy

Chaque saison littéraire réserve son lot de surprise. Au milieu d’une avalanche de parutions, de pages striées du noir de l’encre, il y a toujours un livre qui se révèle être une véritable surprise, une petite pépite aux lignes qui renferme un goût délicat et sucré. Ici, ce goût, c’est la mangue. Son évocation traverse ce premier roman de Miguel Bonnefoy, Le voyage d’Octavio, paru aux éditions Rivages en 2014. Mais ce n’est pas le principal sujet de l’histoire, c’est une des nombreuses composantes de l’ouvrage qui a pour cadre le Venezuela, le pays d’origine de la mère de l’auteur. C’est en effet le moyen, pour Miguel Bonnefoy, de renouer avec le pays de ses ancêtres et de leur rendre hommage.

L’histoire de Miguel Bonnefoy commence par une légende qui nous raconte comment un citronnier a permis à une ville de se créer, de se développer, permettant de faire reculer la peste qui débarqua précisément le 20 août 1908 d’un bateau en provenance de La Trinidad. Cette ville s’appellera Saint-Paul-Le-Limon. Ce sera la ville d’Octavio, un analphabète qui, comme tous ceux de sa condition, se sent honteux de son état, de cette faiblesse. Il cherche par tous les moyens de cacher son ignorance et va jusqu’à se mutiler la main car « personne n’apprend à dire qu’il ne sait ni lire ni écrire. Cela ne s’apprend pas. […] C’est une religion qui n’a pas d’aveu » [page 21].
9782743629410FS

Octavio reste simple. Il ne cache pas sa faiblesse par une certaine exubérance, son ambition est à la hauteur de son savoir. « De ce monde, il ne prenait que l’oxygène : au monde, il ne donnait que son silence » [page 21]. Arrive ce jour où son chemin croise les pas d’une jeune femme, son opposé : il est analphabète, elle ne l’est pas ; il est réservé, elle ne fait que parler ; son métier consiste à nettoyer et à ranger des objets dérobés par des brigands, elle est comédienne et est en contact avec la littérature et les choses de l’esprit ; elle cherche la lumière, lui se terre. Elle s’appelle Venezuela. Il en tombera amoureux. Elle lui apprendra à lire et à écrire.

Après un cambriolage qui tourne mal, Octavio se sent obligé de quitter son village, son bidonville et cette table sur laquelle le docteur inscrit les ordonnances pour la pharmacie. C’est le début du voyage, un voyage initiatique, presque mystique, à travers un pays, à travers son peuple, à travers sa nature. Il en tombera aussi amoureux. Arrivé à un ruisseau, il deviendra à sa façon un nouveau Saint-Christophe : « un géant faisait passer d’une rive à une autre […] les voyageurs sur son dos » [page 80]. Ce passage ne peut manquer de rappeler le très beau poème en prose du poète homonyme (sans aucuns liens de parenté avec l’auteur) Yves Bonnefoy, intitulé Les planches courbes.

Et, comme tout voyage initiatique, il revient chez lui. L’une des premières choses qu’il fait est de récupérer cette table qu’il porte sur son dos : elle ne représente pas moins que le fardeau qu’il portait, cette plaie où « de nouvelles cicatrices brillaient à sa surface » [page 104], appartenant à la famille qui l’avait récupérée.

L’histoire d’Octavio devient allégorie. Ce personnage fait aisément penser à Candide, et l’écriture limpide, poétique de son auteur rappelle les contes d’Italo Calvino. Octavio prendra corps et esprit avec son pays et deviendra le témoin de son temps et de la richesse de ces contrées, pleines de manguiers.

À noter que le 23 avril dernier, sur FIP Radio et dans le cadre de l’émission Fip Livre ses musiques, Laurence Figoni, Denis Soula à la réalisation et Laurent Charrier à la programmation présentaient Le voyage d’Octavio et accompagnaient le texte de Miguel Bonnefoy d’une excellente ambiance musicale, à redécouvrir ici.

Le voyage d’Octavio de Miguel Bonnefoy, éditions Payot & Rivages, 2014, 128 pages, 15 euros.

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