L’Ascendant d’Alexandre Postel

C’est une entrée plutôt remarquée qu’avait faite Alexandre Postel en 2013 avec son premier roman, intitulé Un homme effacé (paru aux éditions Gallimard et disponible en livre de poche dans la collection « Folio »). Lauréat du prix Landerneau et Prix Goncourt du premier roman, ce roman mettait en scène un professeur de philosophie, veuf et menant une vie monotone et isolée, qui se voyait accusé par la police après que des images à caractères pédophiles aient été retrouvées sur son ordinateur. Sur un fait divers d’actualité, Alexandre Postel, professeur de lettres en classe préparatoire à Paris, nous livrait un thriller servit par une plume impeccable. Le deuxième ouvrage est, dans une carrière, une véritable épreuve, qui déçoit souvent après un premier coup magistral. Ici, il n’en est rien et confirme le réel talent de son auteur.

« Vous autres gens méthodiques, il vous faut toujours un début » [page 7]. C’est par ces mots que le narrateur, dont nous ne connaîtrons jamais le nom, débute son histoire, face à une psychiatre qui n’interviendra jamais dans le récit. Il entreprend de raconter ce qu’il s’est passé durant cinq jours, lors du week-end prolongé du 1er mai et qui modifiera en profondeur son existence. Cet incipit s’adresse directement au lecteur qui deviendra, dès lors, le réceptacle des confidences du narrateur et interprétera le rôle du psychiatre. Il y a une forme d’agressivité dans cette phrase et nous donne une première impression défavorable de l’individu. Cette impression n’aura de cesse de changer tout au long du roman.

Tout comme Damien North, le personnage principal d’Un homme effacé, le narrateur de L’Ascendant se retrouve bloqué dans une routine et une vie familiale assez conflictuelle : employé dans un magasin de téléphonie, il parle de ses projets pour le week-end prolongé qui arrive avec son patron. « Télévision, bières, jeux vidéo et […] Marion » [page 8]. Rien d’extraordinaire. Un appel téléphonique va chambouler son planning en lui apprenant le décès de son père, avec qui les rapports étaient quasi inexistants. Il va profiter de ces quelques jours de repos pour se rendre dans la ville où vivait son père et découvrira, dans la cave de la maison paternelle, un terrible secret qui le fera s’interroger sur son parent.

Il est difficile de parler de L’Ascendant sans révéler ce secret qui n’est pas dévoilé sur la quatrième de couverture et dans le résumé fourni par l’éditeur et que le narrateur découvre à la vingtième page. Des deux rebondissements que contient le roman, le premier n’est pas le plus important, c’est pourquoi j’inviterais le lecteur qui ne veut pas en savoir plus de ne pas continuer de lire mon compte-rendu et de se précipiter pour lire l’ouvrage.

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«  J’ai aperçu un visage que la surprise, la peur avaient figé à ma vue » [page 19]. C’est une cage avec une femme à l’intérieur que découvre le narrateur. Cette découverte va plonger le jeune homme dans une série de réflexions concernant son père, la relation qu’il entretenait avec lui mais aussi ces zones d’ombres qui l’entouraient. À travers de nombreuses suppositions sur la présence de la captive qui ne tiennent pas debout, une réalité va s’imposer au narrateur face à « cet imposant fardeau » [page 62] : « je ressemblais tellement à mon père ! » [page 65]. Il retardera son appel à la police, tout en cherchant un moyen de se débarrasser de la jeune femme, tandis qu’il plongera dans une routine, faite de repas de céréales et d’antidouleurs : « J’ai pris deux comprimés. C’était devenu une habitude. » [page 69].

Il y a, dans le personnage du narrateur, quelque chose de Meursault, ce narrateur de L’Etranger d’Albert Camus : les deux personnages sont en pleine perte de repères, paumés et dont les réactions et pensées sont finalement en décalage avec la réalité, le tout avec une écriture resserrée qui rappelle celle de Simenon et une plongée dans la psychologie d’un homme qui porte sur lui la culpabilité de son père, un héritage indésirable mais qu’il ne peut refuser. On pourrait souligner que le traitement de l’intrigue annexe concernant la petite-amie du narrateur semble être bâclée, mais celle-ci n’est qu’un prétexte pour permettre au monde extérieur de pénétrer dans cette maison et de découvrir l’horreur de la situation avec un second rebondissement qui donnera au titre du roman à la fois toute son ampleur et un nouveau niveau de lecture.

 

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Édition poche parue le 25 août 2016

 

En délimitant le cadre du roman à une seule intrigue et à ces cinq jours qui suivent la mort du père, Alexandre Postel frappe un grand coup et nous plonge, en même temps que le narrateur, dans une histoire absurde où l’immobilisme du personnage principal nous entraîne dans les méandres de ses pensées, dans lesquelles le bon sens n’existe pas. Alexandre Postel livre un court roman puissant, troublant, dérangeant.

L’Ascendant d’Alexandre Postel, éditions Gallimard, 2015, 128 pages, 13,50 euros. Disponible, depuis le 25 août 2016, en format poche, aux éditions Folio, 144 pages, 6,50 euros.

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