Le crime du comte Neville d’Amélie Nothomb

Une rentrée littéraire sans Amélie Nothomb n’est pas une rentrée ordinaire : la dame a fait d’une tradition sa présence sur les étals de librairie pour la rentrée et ce, depuis 1992 et la parution de son premier ouvrage, Hygiène de l’assassin.  C’est un peu comme voir une tante excentrique amatrice de chapeaux au réveillon de Noël. Car celle qui déclare écrire quatre romans par an pour n’en faire paraître qu’un seul cultive cette excentricité qui est devenue sa marque de fabrique, au milieu des controverses qui l’entourent, tout en restant à l’écart des médias. Loin de ces débats qui ne nous concernent pas,  Amélie Nothomb rempile cette année encore avec un nouveau roman, Le crime du comte Neville, toujours fidèle aux éditions Albin Michel.

En s’inspirant ouvertement de la nouvelle d’Oscar Wilde, Le Crime de Lord Arthur Savile, Amélie Nothomb donne le ton d’une histoire qu’elle veut absurde et dans la veine du dramaturge irlandais, une sorte d’hommage aussi. Ce sera aussi le prétexte pour le comte Neville de relire cette nouvelle et d’en savourer amèrement les similitudes avec son histoire : « Dans sa jeunesse, il l’avait lu avec hilarité : il comprenait à présent la gravité de cette affaire » [page 31]. Le point de départ est le même : une prédiction qui annonce que le comte tuera quelqu’un : « Lors de cette réception, vous allez tuer un invité » [page 11] déclare la voyante qui répond au nom saugrenu de Madame Portenduère (1). Cette rencontre est emprunt de fatalisme car, contrairement à Arthur Savile qui pouvait choisir qui tuer avant son mariage, Henri Neville voit son choix limité à un invité de sa prochaine réception, la dernière qu’il organise avant de devoir quitter le château, Le Pluvier, en raison du manque d’argent et de la ruine de sa famille.

9782226318091g

Et l’ironie de la chose aidant, c’est presque un comble pour le comte, lui qui considère  les invités « comme les élus » [page 32], comme «une sorte de messie » [page 33]. « Je me suis toujours conduit comme si le but de l’existence consistait à recevoir ses pairs » [page 49] déclare le comte au cours d’une nuit d’insomnie, ruminant la prédiction pour en chercher une échappatoire. Avec sa fille, au prénom aussi improbable que Sérieuse, une solution s’esquissera, aux doux effluves de tragédie grecque, dans lesquels se dressent, imposantes, les silhouettes bien définies d’Agamemnon et d’Iphigénie.

Malgré une fin abrupte et un dénouement trop facile et trop rapide, Le crime du comte Neville reste toutefois une histoire qui  tient en éveille la curiosité du lecteur et dans laquelle on retrouve toute la marque de fabrique d’Amélie Nothomb, jusqu’à ce détail autobiographique dont l’auteur parsème son œuvre, « les Nothomb vendaient le Pont d’Oye » [page 28].

Amélie Nothomb est, finalement, ce qu’il faut pour la rentrée : quelque chose de léger et qui ne prend pas la tête dans une période d’où l’on sort de la langueur de l’été pour se replonger dans la frénésie du quotidien.

Le crime du comte Neville d’Amélie Nothomb, éditions Albin Michel, 2015, 144 pages, 15 euros.

(1)

« Le meurtre ! voilà ce que le chiromancien avait vu au creux de sa main. Le meurtre ! » page 107, Le Crime de Lord Arthur Savile in Œuvres, Oscar Wilde, Bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard, page 107, traduction de François Dupuigrenet Desroussilles.

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