Macadam de Jean-Paul Didierlaurent

Phénomène littéraire avec le succès inattendu de son premier roman, Le Liseur du 6h27, paru en 2014 aux éditions Au Diable vauvert, Jean-Paul Didierlaurent revient avec un recueil de nouvelles, intitulé Macadam. Composé de onze histoires courtes, pour certaines déjà connues et primées, comme Brume et Mosquito, toutes deux récompensées par le prix Hemingway, ce recueil permet de confirmer le talent de Jean-Paul Didierlaurent pour l’écriture et ce, tandis que son Liseur du 6h27 est en cours d’adaptation cinématographique et qu’il paraît en même temps en édition poche dans la collection Folio de Gallimard.

La nouvelle reste un genre très difficile et une prise de risque : il s’agit de raconter une histoire dans un nombre limité de pages tout en faisant en sorte qu’elle tienne la route et d’éviter les digressions et glissements sur des personnages qui sont amenés à apparaître dans la nouvelle. Sans oublier le caractère psychologique : réussir à approfondir un  personnage dans le cadre limité de la nouvelle. En termes de réussite, il n’y a qu’à se tourner vers l’œuvre de Raymond Carver, nouvelliste de talent.

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Mais Jean-Paul Didierlaurent fait aussi preuve d’une véritable force : il parvient à se créer un univers propre, n’hésitant pas à faire un petit clin d’œil à son premier roman avec la nouvelle Sanctuaire, qui reprend l’histoire de la dame-pipi que Guylain Vignolles, le personnage principal du Liseur de 6h27, découvre sur une clef USB. Elle se nomme Arrenza Calderon, « juste bonne à torcher les carrelages du matin au soir » [page 135]. On la découvre sous un nouvel angle, plus philosophe et plus sarcastique que dans l’aperçu que l’on avait d’elle dans le roman : « J’ai beaucoup plus appris sur l’âme humaine en restant assise derrière ma table et ma soucoupe que dans n’importe quelle encyclopédie » [page 141].

Le reste du recueil donne à lire des nouvelles qui ne sont jamais plus faibles par rapport à une autre dans le traitement de l’intrigue. Les dialogues sont rares, se limitant au strict nécessaire mais Jean-Paul Didierlaurent n’oublie jamais d’insuffler un peu de poésie à ses histoires, comme pour en atténuer la noirceur : la nouvelle Rose sparadrap fait appel à des anges qui crient dans la tête de la petite Lisa Dupuis à l’approche du croque-mitaine. « C’est surtout la nuit qu’ils font le plus de bruit » [page 125] nous confie la petite fille en nous prenant comme confident de ce drame horrible et malsain qu’elle subit. Dans Shrapnel, décrivant la guerre et ses morts, l’horreur est compensée par « cet organisme unique de bois et de chair dans les veines duquel coulaient sang et sève mêlés » [page 59] permettant à un soldat de survivre et d’avoir toujours une dette envers le bouleau blanc qui l’avait protégé.

Mosquito, quant à elle, primée par le prix Hemingway, rappelle fortement l’univers de Dino Buzzati en partant d’un événement banal, un peu d’absurde est introduit lorsque le personnage principal joue malencontreusement un Fa dièse, provoquant la mort d’un toreo. « Fuir, c’est la première chose qui me soit venue à l’esprit lorsque c’est arrivé » [page 37]. La sensibilité exacerbée de Gaétan le force à s’enfuir et sa déroute dans les rues de la ville pour gagner son domicile présente un monde angoissant.

Agréables à lire, ces onze nouvelles confirment le talent de Jean-Paul Didierlaurent, oscillant entre brutalité et douceur, violence et poésie, donnant un lecteur un grand moment de plaisir.

Macadam de Jean-Paul Didierlaurent, éditions Au Diable vauvert, 2015, 176 pages, 15 euros.

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