Revival de Stephen King

Après un détour par le polar avec le très réussi Mr Mercedes, premier volume d’une trilogie centré sur le personnage du policier en retraite Bill Hodges et dont le second tome, intitulé en anglais Finders Keepers, est paru le 2 juin 2015 aux États-Unis, le très productif Stephen King est de retour pour un nouveau roman horrifique avec Revival, un titre dont la signification prend une autre tournure au fil de l’histoire, dans une traduction toujours signée par Océane Bies et Nadine Gassie. Et disons-le d’office, ce nouveau roman est addictif et très réussi.

L’un des points communs dans la grande majorité des ouvrages de Stephen King, outre la référence subtile à une autre de ses œuvres – Revival n’y échappe pas –, c’est le cadre de l’histoire. Natif du Maine, King est extrêmement attaché à son État et n’hésite pas à le mettre en scène, prenant un grand plaisir à parler de ces paysages qui ont bercés son enfance. La ville fictive de Castel Rock, qui fait sa première apparition dans son roman Dead Zone, est d’ailleurs présente dans son nouvel ouvrage, resserrant un peu plus les liens entre ses différents livres, donnant une unité à son œuvre, la rendant en quelque sorte plus réaliste tout comme Joyland, « un petit parc d’attractions de bord de mer en Caroline du Nord » [page 186].

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Dans Revival, Stephen King nous entraîne dans la ville de Harlow où Jamie Morton, le narrateur de l’histoire grandit tranquillement, entouré par trois frères et une sœur, sous l’œil bienveillant de ses parents. La famille Morton est la famille typiquement américaine des années 60, pratiquante, ne manquant jamais la messe le dimanche, prête à aider ses voisins, vivant sans s’en apercevoir ce fameux American Dream. « Par un aspect au moins, nos vies ressemblent à des films » [page 11], nous déclare d’office Jamie en guise d’incipit, parlant de ces films où l’arrivée d’un personnage change le cours de l’histoire, changement toutefois nécessaire pour que les évènements puissent parvenir à une conclusion logique. Cet élément perturbateur, pour reprendre ce terme scolaire, c’est l’arrivée du nouveau révérend, Charles Jacob, cette « éclipse humaine » [page 16].

Outre Dieu et la religion, Charles Jacob a une autre passion, plus intense et plus mystérieuse que la première : c’est l’électricité. Le mot passion semble même en deçà de la réalité : c’est une totale fascination qu’a le révérend pour ce phénomène physique contenu dans toutes les choses, une obsession qui le rongera comme un cancer : « Son dada, aurait dit [la sœur de Jamie]. Mon père aurait dit son obsession » [page 98]. Simple dada qui aurait plus de poids pour lui que sa croyance en Dieu.

Tragiquement, Charles Jacob en viendra à perdre sa place de révérend suite à ce « Terrible Sermon » qui marquera les esprits. « J’avais le sentiment que quelqu’un, enfin, me livrait la vérité crue et nue » [page 84] se souviendra Jamie. Il perdra de vue cet homme de l’Église qui lui avait transmis sa passion pour l’électricité. Elle sera toutefois de courte durée, remplacée par les affres et tourments de l’adolescence, les premiers amours, en particulier avec Astrid, qu’il recroisera des années plus tard, tandis qu’il rejoindra un groupe de rock, les Chrome Roses.

Le temps s’écoulera, tout comme l’héroïne dans les veines de Jamie. Accro à la drogue, il parle de cette période avec détachement, sans chercher à justifier plus que mesure ses actes : « J’étais un junkie de longue date, passé à la seringue deux ans auparavant […] visant de plus en plus fréquemment la veine » [page 155]. Au détour d’une fête foraine dans laquelle il cherche de la dope, son attention sera attirée par une voix familière, issue du passé, celle du pasteur, devenu Dan Jacobs. Celui-ci le mènera sur le chemin de la rédemption et de l’abstinence grâce à un procédé atypique. Au fil du temps qui s’égrène comme les pages que l’on tourne, leurs chemins se sépareront de nouveau.

Derrière le prétexte de l’horreur et du fantastique, Stephen King dresse un portrait saisissant de l’Amérique à travers ses craintes, ses inquiétudes, ses peurs les plus refoulées. En faisant assister le lecteur à une séance de réveil spirituel (ce fameux « revival »), c’est presque à la naissance d’une secte que nous convie l’auteur, une secte dont la figure prophétique, emblématique est celle, vieillissante, de Charles Jacobs. C’est l’Amérique que l’on connaît peu, loin de cette image de carte postale où les gens sont regroupés sous des tentes pour écouter un prédicateur qui vise à renouvelle avec les pratiques traditionnelles des rites chrétiens.

Au-delà de cette problématique qui traverse l’œuvre de Stephen King, nous retrouvons ce manichéisme, ce combat entre le Bien et le Mal, cette rivalité qui naîtra entre Jamie et Charles, notion essentielle dans son univers de romans. Tout en restant ancré dans la réalité, il n’hésite pas à chercher une justification aux différentes tueries par armes à feu qui défraient la chronique : les gens que soignent Charles Jacobs se retrouvent « ensevelis dans les accès de violence insensée qui semblent de plus en plus faire partie de la vie quotidienne en Amérique » [page 428].

Revival se lit aisément, on ne retrouve pas les longueurs qui affaiblissent certains des romans de King. Ce dernier nous livre un hommage à ses maîtres d’écriture que sont H. P. Lovecraft, Edgar Allan Poe ou encore Shirley Jackson avec une fin époustouflante, se lisant d’une traite, tandis que l’on s’attache rapidement à Jamie Morton que l’on observe grandir et qui ne pourra s’empêcher de se faire cette réflexion vers la fin de l’ouvrage : « Toute guérison a son prix » [page 404].

Revival de Stephen King, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Océane Bies et Nadine Gassie, éditions Albin Michel, 2015, 448 pages, 23,50 euros.

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2 réflexions sur “Revival de Stephen King

    1. Ce qui est vraiment incroyable, c’est comme le gars arrive à avoir encore autant d’imagination après plus d’une soixantaine de romans.

      Quant à sa parution en poche, au vu du délai qu’a eu son roman Joyland pour paraître en poche, il ne faut pas tabler dessus avant début 2017, voire la rentrée septembre 2017.

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