Les lumières de Central Park de Tom Barbash

Les lumières de Central Park marque l’entrée sur la scène littéraire internationale de Tom Barbash, professeur de littérature au California College of Arts. Recueil de treize nouvelles, cet ouvrage permet au lecteur de découvrir le style de l’auteur, qui devient puissant lorsqu’il s’agit d’explorer les angoisses de ses personnages. Paru aux éditions Albin Michel, dans une traduction signée par Hélène Fournier, l’ouvrage de Tom Barbash nous entraîne dans les fêlures des individus qu’il met en scène et où la présence de la ville de New-York n’est jamais très loin.

Tom Barbash, au fil des pages, parvient à se créer un univers propre qui n’est pas sans rappeler l’œuvre de Raymond Carver : on retrouve chez les personnages de l’un la même difficulté de communiquer avec autrui, de réussir à appréhender et comprendre le monde qui évolue autour d’eux qui a fait la réussite de ce dernier. Il y a le même dépouillement dans les descriptions procurant aux nouvelles un caractère minimaliste : il n’y a rien d’autre aux yeux des personnages que ce qui est en train de leur arriver, sans pour autant que ce soit des faits extraordinaires.

9782226319357g

Dans la première nouvelle de l’ouvrage, La rupture, Elaine, la mère de Phillip, est récemment séparée de son mari et cherche à se reconstruire tout en voyant son fils continuer sa vie, sortir avec une serveuse du nom de Holly. Elaine se mêle alors de la vie sentimentale de son fils et est frappée par la ressemblance que Phillip a avec son père. « Elle se comportait comme une épouse jalouse » [page 11], comportement dont elle a parfaitement conscience, au point qu’elle aura des réactions d’épouse trompée. Faisant preuve d’obstination, elle ne parvient pas à se reprendre en main, à se relever de son divorce, comme si elle avait lâché prise.

La soirée des ballons géants est sûrement la nouvelle qui fait le plus penser à l’œuvre de Carver, mettant en scène un couple à la dérive, la femme, Amy, abandonnant Timkin qui décide de maintenir la fête de Thanksgiving qu’ils organisent chaque année. Reniant l’attraction initiale, ces petites choses qui ont fait qu’ils étaient devenus un couple, les deux personnages ont réalisé les différences qu’il y avait entre eux. Timkin cherche toutefois à sauver les apparences, au point où il se bercera d’illusions, imaginant qu’Amy reviendra tôt ou tard.

Tous les personnages de Tom Barbash ont comme un lien qui se brise, une prise de conscience d’un problème qu’ils ne parviennent pas à résoudre, baissant les bras face à ce chaos qui envahit leurs vies quotidiennes. La nouvelle Spectateur est sûrement celle qui résume le plus l’ouvrage. Elle met en scène un couple formé par Abby et Willie. Dix-huit ans les séparent. Outre cette différence, ils fondent peu à peu leur relation sur le sexe, entrecoupé par des confidences. Une crise de jalousie fera prendre conscience à Willie de cette nouvelle contrainte qu’est devenue Abby, le bloquant dans sa créativité, dans son existence, tandis que celle-ci continue à avancer. « Plus je roule, plus le ciel s’éclaircit » [page 213] remarquera Willie après avoir déposé Abby.

Dans chaque nouvelle, les personnages ne parviennent plus à vivre avec ceux qui les entourent. Ils entament une sorte de régression, refusant un changement,  niant des conséquences qu’ils ne parviennent pas à maîtriser, comme un abandon face aux épreuves de la vie. Et la grande réussite du recueil tient dans le style de Tom Barbash qui parvient à saisir cet instant où la fêlure se dévoile, où elle devient nette. Il décrit ces vies qui partent à la dérive avec mélancolie et une profonde empathie pour ces hommes et femmes qui nous ressemblent plus qu’on ne le croirait. D’une incroyable maîtrise, Tom Barbash signe un recueil subtil dans lequel toutes les nouvelles sont réussies. On en ressort touché par les événements.

Les lumières de Central Park (Stay up with me) de Tom Barbash, traduit de l’anglais (États-Unis) par Hélène Fournier, éditions Albin Michel, 2015, 272 pages, 22,90 euros.

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