Le Papyrus de César de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad

Deux ans après la sortie d’Astérix chez les Pictes et de l’accueil chaleureux qui lui a été accordé, Jean-Yves Ferri et Didier Conrad sont de retour aux commandes avec la trente-sixième aventure des irréductibles Gaulois, Le Papyrus de César. Fort d’une campagne marketing intense et de longue haleine et d’un tirage exceptionnel de 4,2 millions d’exemplaires, Jean-Yves Ferri, au scénario, et Didier Conrad, au dessin, sous le patronage d’Albert Uderzo qui aurait voulu avoir l’idée de cette histoire, signent un album réussi et drôle, dans la veine des premières aventures du Gaulois.

L’histoire de cet album est simple, tellement simple qu’on peut presque se demander pourquoi Albert Uderzo et René Goscinny n’en avaient pas eu l’idée. Jules César, à l’apogée de son triomphe, prend la plume pour écrire ce qui deviendra ses fameux Commentaires sur la Guerre des Gaules, l’un des ouvrages sur lequel des milliers d’étudiants latinistes plancheront pour faire des exercices de versions. Toutefois, un chapitre pose problème à son conseiller et éditeur, Promoplus, dont les traits sont empruntés au publicitaire Jacques Séguéla.

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Intitulé « Revers subis face aux irréductibles Gaulois d’Armorique », ce chapitre dévoile que toute la Gaule n’a pas été conquise et qu’un village résiste toujours. « Ce passage est une tâche sur ton curriculum vitae » [page 5] lui déclare Promoplus. César décide alors de supprimer le chapitre et demande à ce que les copies réalisées par les scribes Numides disparaissent. Une des copies parviendra à sortir de l’atelier grâce à l’un des scribes, nommé Bigdatha, qui la remettra à un activiste gaulois, Doublepolémix, dont le personnage est basé sur Julian Assange. Ce dernier, poursuivi par Promoplus et son unité spéciale, se réfugiera en Armorique et plus précisément dans le village d’Astérix.

S’inspirant fortement de l’affaire Wikileaks, Jean-Yves Ferri et Didier Conrad emploient la même recette que Goscinny et Uderzo en se basant fortement sur le monde réel et sur les problématiques qui surgissaient alors dans la société. Ils insufflent dans leur histoire des considérations du XXIème siècle et des caractéristiques de notre époque où tout va (trop ?) vite. L’information qui circule, relayée et déformée, voire même piratée (ce piratage intervenant en page 16 est, il faut le dire, hilarant) et que certaines élites veulent passer sous silence est à la base de l’histoire, au risque d’un scandale d’État. Le tandem Ferri-Conrad s’amuse alors à mettre en scène notre monde et son obsession pour l’actualité et l’information, à base de messages courts relayés par des pigeons et de communications dont l’écho est un « Twiiiit » [page 26].

Profitant peut-être d’une plus grande liberté d’action, Jean-Yves Ferri et Didier Conrad nous livre un album abouti, dont l’histoire aurait sûrement gagné en profondeur si elle n’était pas limitée aux 48 pages habituelles. Il n’en demeure pas moins que Le Papyrus de César est un excellent épisode des aventures d’Astérix, malgré que ce dernier soit un peu en retrait et dont l’attitude le fait paraître légèrement bizarre, faisant la part belle à Obélix et les prédictions de l’horoscope et Panoramix dont on apprend le passé de « galopin turbulent » [page 32]. Un très bon moment de lecture agrémenté d’un parfum  qui fleure bon la nostalgie de l’enfance.

Le Papyrus de César de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad, éditions Albert René, 2015, 48 pages, 9,95 euros.

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