Tu tueras le Père de Sandrone Dazieri

En partenariat avec Babelio et les éditions Robert Laffont dans le cadre de l’opération Masse Critique. Je tiens à les remercier.

9782221146743

Journaliste, scénariste, éditeur, Sandrone Dazieri est un véritable touche-à-tout dont l’expérience est enrichie par les nombreux métiers qu’il a exercé, de cuisinier à videur en passant par correcteur. Révélé en France avec sa trilogie de romans noirs, Sandrone & Associés, publiée par les éditions Métailié, mettant en scène un double de l’auteur qui possède une double personnalité, dans la veine de Docteur Jekyll et Mister Hyde, Sandrone Dazieri revient avec un nouveau thriller, Tu tueras le Père (Uccidi il Padre), totalement addictif et particulièrement réussi, lançant en même temps la nouvelle collection « La Bête Noire » des éditions Robert Laffont.

Dans son nouvel ouvrage, Sandrone Dazieri délaisse son double littéraire pour mettre en scène le commissaire Colomba Caselli qui, suite à un évènement qu’elle appelle « le Désastre », est mise aux arrêts, en attendant de quitter définitivement le service. Femme de caractère et sûre de ses convictions, c’est toutefois un personnage fragilisé et perdu que l’auteur nous donne pour héroïne. Sa nouvelle routine est faite de joggings sur les bords du Tibre, de conversations téléphoniques avec sa mère qui ressemble plus à un monologue de la vieille femme et de lectures. Elle sera réduite à néant par un appel de son supérieur, désireux d’avoir son avis sur l’enlèvement du petit Luca Maugeri dont sa mère est retrouvée dans une clairière, décapitée.

C’est le départ de ce qui s’annonce un excellent roman policier, un whodunit de tradition, allant d’interrogatoires en récolte d’indices pour finalement, après avoir écarté tous les suspects, trouver le coupable. Mais justement, rien de ça ici car Sandrone Dazieri introduit alors celui qui enquêtera aux côtés de Colomba, Dante Torre, aussi surnommé « l’enfant du silo ». Car Dante Torre, expert en disparitions de personnes et en dégustation de café, a été enlevé, enfant, puis séquestré dans un silo à grains. Il sera alors élevé par son ravisseur, un homme connu sous le nom du « Père ». Rapidement, le duo trouvera des ressemblances entre l’enlèvement de Luca Maugeri et celui de Dante, annonçant alors que le Père, loin d’être mort après avoir disparu, est toujours vivant, guettant alors les faits et gestes de son ancienne victime. Commence alors une traque qui sera aussi éprouvante pour Colomba, Dante que pour le Père.

Sandrone Dazieri construit avec brio un excellent thriller, sans aucuns temps morts, en commençant par soigner ses deux personnages principaux qu’il mettra à rude épreuve. Colomba Caselli et Dante Torre sont sûrement la principale qualité de l’ouvrage : loin d’être des stéréotypes, leurs personnalités sont finement travaillées, au point où leurs interactions se feront naturellement, tout comme leur complémentarité. Ce qui amènera, au fil du roman, des scènes assez légères, teintées d’humour, qui seront bienvenues, permettant au lecteur de souffler un peu dans cette course effrénée pour arrêter le Père.

Outre cette complémentarité, ce sont deux êtres qui sont totalement différents, que ce soit en terme d’idéaux – Dante n’hésitant pas à côtoyer des dealers, comme Santiago qui leur sera d’une grande aide – que physiquement : Colomba reste charmante malgré son attitude peu avenante qu’elle s’oblige à prendre, évoluant dans un monde et une carrière largement dominés par les hommes tandis que Dante, grand et mince, donne plutôt l’impression d’un malade, d’un être irascible qui aurait presque pu être ce narrateur anonyme des Carnets du sous-sol de Dostoïevski. Mais, en dépit de leurs différences, ce sont deux êtres dont la vie se retrouve brisée par deux drames, son enlèvement pour Dante, ce fameux « Désastre » pour Colomba. De ces drames, ils vont en tirer toute leur force, ils vont devoir passer outre, apprendre de nouveau à faire confiance, comme une ultime tentative de reconstruction de soi. Et, face à ces deux personnages, brisés, se dresse l’image de ce Père, telle une ombre, toujours fugitive, presque irréelle et terriblement angoissante. Cette autre figure centrale de l’ouvrage, cette menace alimente le roman, lui donne son aspect inquiétant.

Le roman de Sandrone Dazieri est sombre, il est violent, à l’image de ce Père. Porté par des personnages puissants et forts, tout en ayant des faiblesses, ce thriller nous amène dans une enquête complexe et terrifiante, dont l’écriture de son auteur, très agréable à lire, nous fait entrer dans son univers. Complètement addictif.

Tu tueras le Père (Uccidi il Padre) de Sandrone Dazieri, traduit de l’italien par Delphine Gachet, éditions Robert Laffont, 672 pages, 21,50 euros.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s