Les FTP de Franck Liaigre

Historien de formation, chargé de recherches au CNRS et appartenant à l’équipe de recherche du CESDIP (ministère de la Justice/CNRS), Franck Liaigre travaille en particulier sur le rôle assez obscur du Parti Communiste durant la Seconde Guerre Mondiale. Fruit d’ « une recherche [qui] a duré quinze ans » [page 9], il nous en livre le résultat dans son nouvel ouvrage, Les FTP, paru aux éditions Perrin.

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Le mouvement de résistance que sont les FTP, Francs-tireurs et partisans, reste, dans les esprits, un réseau actif et prêt à défendre la France contre les Allemands, portés par des hommes héroïques dont les noms de code sont passés à la postérité : Charles Tillon, le commandant en chef des forces FTP, Pierre Georges dit le colonel Fabien, participant à l’insurrection parisienne en 1944 ou encore Henri Tanguy dit colonel Rol-Tanguy, devenu une figure mythique de la Résistance. Or, cette « geste héroïque », comme dit Franck Liaigre, largement rapportée par ses acteurs, reste largement emprunt d’idéologie.

À l’origine des Francs-tireurs et partisans se trouve l’Organisation spéciale (OS) : créée à l’été 1941, elle est une réponse du Parti communiste français suite à la rupture du Pacte germano-soviétique et l’invasion de l’URSS en juin 1941. Alors que Moscou suivait une politique de neutralité, cette invasion marque l’entrée du PCF dans la Résistance. Une Résistance bien à elle dont la finalité, outre la libération de la France, et qui sera la même pour les FTP, « est d’instaurer un régime communiste dans l’Hexagone » [page 277]. Loin d’être un succès, l’OS restera trop assimilée au Parti communiste pour réussir à recruter suffisamment de volontaires pour être efficace.

La création des Francs-tireurs et partisans répond à ce besoin de volontaires : il s’agit « d’attirer non seulement des « camarades » mais des « patriotes » non communistes » [page 74]. Cette ouverture du mouvement permettra à l’organisation de recruter entre autre des réfractaires au STO, obligés de vivre dans la clandestinité. Cette clandestinité sera le quotidien de ces membres : à l’exemple de Louis Le Paih, beaucoup seront surveillés par la police, les poussant « à plonger dans le « brouillard » » [page 114]. Ils se cacheront alors derrière des pseudos, comme le fameux Henri Tanguy, dit Rol, qui ira jusqu’à l’intégrer dans son nom après la guerre.

Faire partie des FTP est loin d’être une situation enviée par les Français : beaucoup « considèrent les FTP comme des « sacrifiés » » [page 91]. Pour preuve cet extrait de lettre de René Migeot, membre des FTP, que cite Franck Liaigre : « […] Je considérais les FTP comme des sacrifiés. En effet, tous les camarades FTP que j’ai connu depuis 1942 se sont fait abattre ou arrêter, tous sans exception » [page 301-302]. Il n’en demeure pas moins que les volontaires prirent leur rôle au sérieux, en mettant au point des attentats contre l’occupant allemand et la police française : « 75 Allemands ont été tués en région parisienne en trois ans de lutte armée » [page 208] souligne l’historien. Ce chiffre peut paraître minuscule, mais il est suffisant pour que les FTP acquièrent leurs lettres de noblesse à la Libération.

Il y a toujours un risque avec ce genre d’étude portant sur une organisation d’un parti politique : celui de tomber dans la critique facile ou d’être aveuglé par les faits et l’idéologie et de livrer un texte apologétique. La force de l’ouvrage de Franck Liaigre, qui est loin de nier l’héroïsme et le sacrifice de ces hommes, réside dans l’objectivité de son auteur, analysant clairement cette organisation communiste pour arriver à une description détaillée des FTP. En démontrant l’échec d’une grande partie des attentats que les FTP avaient prévus, qui se soldaient pour la plupart avec quelques blessés, et les difficultés de l’organisation pour se fournir en armes ou pour maintenir la motivation des volontaires à son paroxysme, cette « nouvelle histoire d’une résistance », pour reprendre le sous-titre de l’étude,  permet de rétablir une certaine véracité, effaçant cette légende dorée qui fut  propagée par ses membres les plus éminents.

Franck Liaigre n’hésite pas à multiplier les notes en fin d’ouvrage, ce qui permet notamment de prendre conscience de l’ampleur du travail fourni par l’historien qui a eu accès à de nouveaux documents, tandis que l’accès à d’autres fonds lui ont été refusés par les propriétaires. Il n’en demeure pas moins que son ouvrage reste toujours intéressant, fourmillant d’anecdotes et de témoignages et permet de découvrir une nouvelle facette de la Résistance.

Les FTP de Franck Liaigre, éditions Perrin, 2015, 350 pages, 22,90 euros.

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