Louis XI de Gonzague Saint Bris

Auteur prolixe, Gonzague Saint Bris est un écrivain que l’on ne présente plus mais dont il est toujours agréable de souligner son amour pour les Lettres et l’Histoire et pour son bavardage qui tire du côté de la Causerie littéraire, une Causerie avec un grand C, comme celle à l’époque de Diderot et des Salons littéraires. Ces ouvrages peuvent se targuer de trouver, à chacune parution, un public fidèle, appréciant sa plume joviale et son caractère enjoué. Sa nouvelle biographie consacrée au roi de France Louis XI et sous-titrée Le méconnu, parue aux éditions Albin Michel, ne déroge pas à la règle.

 

louis_xi_le_meconnu_01

 

Cet adjectif de méconnu qualifie bien le règne et la personne de Louis XI. Malgré deux biographies qui ont fait date, la première datant de 1974 et écrite par Paul Murray Kendall (1) et la seconde par le très regretté Jean Favier en 2001 (2) qui ont permis de révéler au grand public l’action politique et le règne de Louis XI, ce dernier a toutefois eu la malchance de voir son règne être précédé par celui de Charles VII – qui fut magnifié par l’action de Jeanne d’Arc, de la prise d’Orléans et d’avoir pratiquement chassé les Anglais du territoire français – et suivi par les règnes de Louis XII – ce César français qui rattacha définitivement la Bretagne à la France – et de François Ier – qui poursuivit la politique expansionniste de Louis XII en Italie et qui s’attacha le titre de « Père et Restaurateur des Lettres » –.

Son action, pourtant, n’est pas moindre et mérite que l’on s’y attarde fortement car Louis XI sera le roi qui mettra fin à cette terrible Guerre de Cent Ans, permettant au pays de retrouver la paix et une certaine sécurité. Pour ce faire, Louis XI « n’aura de cesse de réformer l’organisation de ses troupes afin d’améliorer leur fonctionnement, notamment en divisant les commandements » [page 94], mesurant l’importance de posséder une armée suffisamment bien encadrée et équipée. Il n’hésitera pas à aller sur le terrain, foulant les champs de batailles, participant à la bataille se déroulant devant Pontoise en août 1441, alors qu’il n’était que Dauphin. Cette présence, sous le feu ennemi, n’est pas sans rappeler celle de Napoléon. Tout comme Gonzague Saint Bris, soulignons que Louis XI, en terme de stratégie militaire, « [a inventé] une technique qui sera utilisée jusqu’en 1914-1948, et très largement mise en application par Napoléon » [page 119] et ce, en faisant de l’artillerie une pièce maîtresse dans l’attaque et la défense.

Cette ressemblance avec Napoléon se remarque aussi en terme administratif : alors Dauphin et résidant sur ses terres du Dauphiné, il parvint a « transformé un État archaïque, dominé par les conflits entre seigneurs féodaux ou écclésiastiques, en un véritable modèle administratif […] avec une organisation territoriale simplifiée […] et un domaine agrandi […]  de pratiquement deux fois sa superficie initiale » [page 52]. À l’image de l’Empereur, il s’intéressera à tous les différents domaines et spécificités du pays, créant, par exemple, dès 1477, les Relais de poste, l’ancêtre de notre Poste actuelle. On assistera aussi, sous son règne, à une centralisation du pouvoir, préfigurant l’absolutisme de ses descendants, qui atteindra sa quintessence avec Louis XIV.

Mais le règne de Louis XI reste original sur un point : son roi. En effet, ce dernier sera simple, que l’on pourrait qualifier, en guise de pastiche, de roi normal. Cet homme libre, détestant les costumes voyants et le faste et qui s’obligera à « jouer au roi », vivra dans le dénuement, préférant coucher dans les auberges que dans les châteaux, appréciant le contact avec son peuple. Il « ne subit aucune influence » [page 206] que ce soit de la part des femmes que de ceux qui l’entourent.

Gonzague Saint Bris livre aux lecteurs une synthèse vivante et enthousiaste de la vie de ce monarque. La prose de l’auteur, poétique, emporte le curieux dans l’existence d’une figure fondatrice de la France actuelle, ce méconnu de l’Histoire qui « avait fait sa devise de cette maxime  […] « Sapiens nihil invitus facit » (« Le sage ne fait rien contre son gré ») » [page 17]. Sage (peut-être trop ?), Louis XI le restera toute sa vie et l’ouvrage de Gonzague Saint Bris est un puissant hommage à cet homme.

 

Louis XI, le méconnu de Gonzague Saint Bris, éditions Albin Michel, 2015, 256 pages, 19 euros.

 

(1)

Paul Murray Kendall, Louis XI, traduction d’Éric Diacon, éditions Fayard, 1974, XXVIII-584 pages, rééd. éditions Pluriel, 2014.

 

(2)

Jean Favier, Louis XI, éditions Fayard, 2001, 1019 pages.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s