Le Mexique des insoumis d’Alexandre Fernandez

Spécialiste de l’histoire du Mexique du XIXe et XXe siècle, Alexandre Fernandez, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Michel de Montaigne à Bordeaux et directeur adjoint du Centre d’études des mondes moderne et contemporain nous livre, avec son nouvel ouvrage, Le Mexique des insoumis, paru aux éditions Vendémiaire, une étude éclairante et inspirée sur la Révolution mexicaine de 1910, une révolution aux enjeux toutefois troubles et aux conséquences qui pèsent encore sur le pays.

Comme tout pays, le Mexique n’est pas épargné par des clichés qui sont avant tout une exagération de certains traits grossis et caractéristiques de leurs habitants. On imagine très volontiers des Mexicains portant une moustache et un sombrero et chantant La Cucaracha, ce chant folklorique qui servit néanmoins de relais à certaines idéologies pendant la Révolution, comme cette strophe,  que l’on doit aux partisans de Francisco Villa, le célèbre Pancho Villa, en lutte contre les partisans de Carranza, un autre révolutionnaire qui parviendra à être élu Président en 1917 :

Avec les barbes de Carranza

Je vais faire une cordelière

Que je mettrai au chapeau

De Monsieur Francisco Villa

 

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Loin des clichés, le Mexique fut en proie à un grand mouvement social qui mit sur le devant de la scène des anonymes et leurs chefs, Zapata ou Pancho Villa, dont le mythe est loin d’être ce qu’il est en réalité. En dressant en introduction un tableau du Mexique au début du XXe siècle, Alexandre Fernandez cherche à démontrer des signes avant-coureurs annonçant cette révolution dont les protagonistes chercheront des similitudes et des références avec la Révolution française. Outre une excellente croissance que le pays ne parviendra pas à exploiter de manière optimale, « une certaine latinisation de la société mexicaine » [page 17] au détriment des cultures dites indigènes va change l’appréhension du peuple mexicain, d’abord à l’intérieur même du pays, mais aussi d’un point de vue mondiale : on observe alors un investissement important des pays étrangers, ce que dénonceront les révolutionnaires, s’employant alors à nationaliser des entreprises. Pour bien saisir l’ampleur des investissements, l’historien n’hésite pas à ajouter qu’à cette époque, « plus d’un tiers des investissement états-uniens à l’étranger le furent au Mexique » [page 17].

Cette Révolution, à l’origine portée contre le pouvoir en place, celui de Porfirio Díaz, dégénère alors en guerre de clans, entre les différents groupes révolutionnaires dont les divergences créaient un gouffre trop profond. À cela, notons deux similitudes avec la Révolution française : ce fait de ne pas parvenir à terminer la Révolution, à l’amener à son terme et celui que l’évènement fut « l’occasion d’une formidable ascension sociale, voire de prodigieux enrichissements […], leur permettant de devenir une nouvelle bourgeoisie « révolutionnaire » » [page 72].

Mais, au-delà de l’inspiration et de la ressemblance avec la Révolution française, le Mexique entre véritablement dans une guerre civile, notamment sous l’inspiration d’Emiliano Zapata qui appellera ses partisans à poursuivre la lutte jusqu’à la satisfaction des revendications paysannes, avec  un document, signé le 25 novembre 1911 et connu sous le nom de « Plan de Ayala », qui réclame la restitution d’un tiers des territoires spoliés par les propriétaires terriens en faveur des populations indiennes. D’un côté le pouvoir politique officiel, réunis sous le nom de Convention (encore en référence à la Révolution française), de l’autre, ce qu’Alexandre Fernandez qualifie de « dictature de la paysannerie » [page 105], sous l’égide de Pancho Villa et de Zapata.

D’une plume alerte, Alexandre Fernandez retrace ces années de guerre civile et s’attache à résumer l’héritage sur lequel le Mexique d’aujourd’hui se fonde, qui fut gouverné jusqu’en 2000 par le Parti révolutionnaire institutionnel, fondé en 1929 et se réclamant de cette Révolution de 1910. Il nous permet de côtoyer ces personnages mythiques que sont Emilio Zapata et Pancho Villa dans la recherche du pouvoir, sur fond de guérillas, personnages que nous ne connaissons finalement guère. Alexandre Fernandez restitue avec minutie ces années de violence et s’attache à décrire ce que fut cet évènement, « à la fois politique et [social] » [page 192], d’autant plus intéressant qu’il est très peu connu de nous. C’est, en résumé, une excellente introduction à l’histoire contemporaine du Mexique mais aussi une synthèse claire et précise que l’on pourra approfondir avec les références d’ouvrages cités en notes.

 

Le Mexique des insoumis d’Alexandre Fernandez, éditions Vendémiaire, 2015, 256 pages, 20 euros.

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