Journal d’un curé de campagne de Georges Bernanos

Récompensé par le Grand Prix du roman de l’Académie française au moment de sa parution en 1936, le Journal d’un curé de campagne est sûrement une pièce centrale dans l’œuvre de Georges Bernanos, une œuvre qui réunit tous les thèmes chers à l’auteur, en mettant en scène la figure d’un jeune prêtre. Considéré comme l’un des chefs-d’œuvre de la littérature française, maintes fois réédités, ce roman fait l’objet d’une nouvelle parution aux éditions du Livre de Poche, tout en conformant son texte sur celui utilisé par la Bibliothèque de la Pléiade.

Ce jeune prêtre, dont on ne saura jamais le nom, prend possession de la paroisse d’Ambricourt, dans le nord de la France, dans cet Artois qui sera le principal cadre des romans de Bernanos. Souffrant de douleurs à l’estomac, il découvrira la tâche difficile qui lui est confiée, faisant face à l’ingratitude et au manque de croyance de la population qui n’hésite pas à propager des rumeurs à son sujet. Le curé se mettra alors à rédiger un journal intime dans lequel il couchera ses doutes et les premiers vacillements de sa foi et cette volonté d’être apprécié par la population : « « Vous avez la vocation de l’amitié » » lui disait son ancien maître, « « prenez garde qu’elle ne tourne pas à la passion. De toutes, c’est la seule dont on ne soit jamais guéri » » [page 58]. Il cédera à cette passion, malgré la réminiscence des conseils de son maître.

 

9782253162865-001-T

 

Car Georges Bernanos met en scène un prêtre infiniment humain. Loin de cette image austère d’un curé sermonnant et dont la foi est inflexible, celui de ce roman est faible, en proie au doute, orgueilleux par moment, concevant toutefois que « souffrir l’injustice, c’est la condition de l’homme mortel » [page 100]. Homme mortel prêchant la parole de Dieu et son message de paix, il fait face à une société en pleine déchristianisation : au tournant des grandes avancées sociales du début du XXème siècle, c’est son rôle qui est à redéfinir, perdant sa position de berger guidant ses moutons sur le droit chemin. Sa santé, mauvaise, le fait paraître cinglant, peu avenant, tandis qu’il reculera le moment de consulter un médecin, soignant ses maux d’estomac par un régime de fruits et de vin et dont ses visiteurs n’hésiteront pas à le qualifier de « porté sur la bouteille ».

« Il a suffi que je posasse la plume sur le papier pour réveiller en moi le sentiment de ma profonde, de mon inexplicable impuissance à bien faire, de ma maladresse surnaturelle » écrit-il à la page 222. Le jeune prêtre, à travers ses confidences, à travers cette longue confession, devient alors fragile, naïf, terriblement humain, pensant même devenir par moment fou. Ce journal, dont il considère en premier lieu le caractère futile, deviendra un rempart contre le monde extérieur, un exutoire auquel il confiera ses doutes, ce qui lui fera écrire : « Dieu seul peut savoir ce que j’endure. Mais le sait-il ? » [page 175].

« Ma paroisse est une paroisse comme les autres. […] [Elle] est dévorée par l’ennui, voilà le mot. Comme tant d’autres paroisses ! » [page 7]. C’est par ces mots que le curé débute son journal et que Georges Bernanos nous fait entrer dans l’univers de ce jeune prêtre et de la paroisse d’Ambricourt. Porté par une écriture simple et épurée, le Journal d’un curé de campagne est plus profond qu’il n’y paraît : c’est une exploration de la conscience, de la psychologie du jeune curé mais aussi un tableau de la France rurale des années 30, tout en narrant avec attention les premiers faits et gestes de ce nouveau directeur d’une paroisse et d’une population  qui semble réfractaire à tout ce qui change leurs habitudes. Bouleversant, ce roman est tout simplement un chef-d’œuvre à découvrir : le lecteur se laisse aisément transporté par la prose de l’auteur et assiste, impuissant, au désespoir du jeune prêtre.

 

Journal d’un curé de campagne de Georges Bernanos, éditions Le Livre de Poche, 2015, 336 pages, 6,90 euros.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s