Une nuit d’été de Chris Adrian

Révélé en France par son premier recueil de nouvelles, Un ange meilleur, paru aux éditions Albin Michel en 2012 et considéré par le magazine The New Yorker comme l’un des meilleurs jeunes écrivains américain, Chris Adrian revient en France avec la parution d’Une nuit d’été, roman paru en anglais en 2011 et qui n’est autre qu’une variation autour d’une des plus célèbres pièces de William Shakespeare.  Variation mais aussi hommage et admiration avoués de l’auteur envers le dramaturge dont nous commémorerons cette année les 400 ans de sa mort.

Une nuit d’été raconte l’histoire de trois jeunes gens, Henry, Will et Molly qui ne se connaissent pas et dont l’existence va brutalement être chamboulée lorsque, un soir, ils se retrouvent bloqués dans le plus ancien parc qui surplombe la ville de San Francisco, le Buena Vista Park, alors qu’ils se rendaient à la même soirée. Un point commun les rassemble, celui d’avoir été blessé par la vie avec la perte d’une personne chère à leurs yeux, que ce soit par le décès ou par la rupture sentimentale. Ensemble, ils vont vivre une nuit qui remettra en question leur existence et qui les forcera à surpasser leurs traumatismes.

 

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Une nuit d’été de Chris Adrian

 

Car le Buena Vista Park n’est pas un jardin public comme les autres, c’est le lieu dans lequel ont trouvé refuge Obéron et Titania, le roi et la reine des Fées, rendus célèbre par la pièce de William Shakespeare, Le Songe d’une nuit d’été. Toujours accompagné de Puck, ils installent leur royaume dans la colline du parc. Loin de ce désir de se venger de Titania, désir qui fut notamment le sujet de la comédie de Shakespeare, Obéron et Titania décident d’avoir un fils. Atteint d’une leucémie, il meurt, les rendant ainsi inconsolables. Suite à ce décès, Obéron disparaît, laissant Titania se débattre dans les méandres de sa tristesse. C’est ainsi, qu’une nuit d’été, Titania décide de libérer Puck de son pouvoir, dans l’espoir de faire revenir son mari pour contrer le démon.

Alternant les retours en arrières, ces fameux flashbacks si prisés par les Américains, et le déroulement de l’histoire, Une nuit d’été parvient à développer ses personnages, à les creuser en profondeur, tandis que ces derniers s’enfoncent dans cette colline faite de silex. Le procédé, qui peut toutefois paraître artificiel tant il a déjà été exploité, reste naturel et efficace et permet aux lecteurs de souffler et de retrouver un semblant de stabilité et de cohésion en revenant à l’ordinaire, loin du monde féérique. L’auteur dresse alors, à travers le vécu de ses personnages, des portraits touchants d’individus fragiles et malmenés par la vie et ce, sans épargner le roi et la reine des Fées, dont le couple se voit brutalement ébranlé par un deuil, rendant ainsi Obéron et Titania profondément humain.

Sorte de continuation, le roman de Chris Adrian est aussi une transposition de la pièce de Shakespeare en l’ancrant de notre monde moderne. L’auteur reprend alors certains thèmes de l’œuvre originale, notamment ces conflits qui pèsent et dans la sphère familiale et dans la société, nouant et dénouant des relations, ainsi que cette dualité entre la nuit, sans limite, fantasmagorique et où le rêve et la réalité se rejoignent, et le jour, réalité brute, sans filtre, où des compagnons se suicident, tandis que des enfants meurent de leucémie. Et, une fois la nuit, cette fameuse nuit d’été venue, la plume de Chris Adrian devient poétique et d’une imagination intarissable. L’auteur prend un grand plaisir et s’amuse à décrire ce monde féérique, le rendant ainsi tangible. On est littéralement happé par le royaume d’Obéron et de Titania et, une fois le livre fermé, le lecteur ressort avec cette impression de merveilleux et d’éblouissement, ému par cette histoire qu’il a le sentiment d’avoir vécu.

 

Une nuit d’été (The Great Night) de Chris Adrian, traduit de l’anglais (États-Unis) par Nathalie Bru, éditions Albin Michel, 2015, 464 pages, 25 euros.

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