Rendez-vous à Crawfish Creek de Nickolas Butler

Nickolas Butler est l’auteur de ce fantastique et très émouvant roman qu’est Retour à Little Wing, paru en France en 2014. Ce roman est aussi le point de départ d’une carrière internationale, permettant à Nickolas Butler de se faire un nom et de remporter des prix littéraires, comme le prix Page/America pour son premier roman. Rendez-vous à Crawfish Creek est le deuxième ouvrage de Butler, édité par les éditions Autrement, un recueil de dix nouvelles dans lequel il déploie son style et sa sensibilité et nous révèle son don pour décrire les hommes.

Rendez-vous à Crawfish Creek est la réunion en volume de plusieurs nouvelles parues dans différents magazines américains avec lesquels Nickolas Butler collabora le temps d’une histoire. Idéal pour patienter entre deux romans, ce genre de volume reste, pour les pays étrangers, le meilleur moyen de découvrir le style et l’univers d’un auteur. Ici, tout comme dans son premier roman, New-York, Chicago, Los Angeles et comparses ne sont que des villes très lointaines, sur lesquelles il est inutile de s’attarder car le cadre principal de l’auteur reste cette Amérique profonde mais tellement humaine et sincère, sans être exempte de cruauté.

 

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Rendez-vous à Crawfish Creek de Nickolas Butler

 

Car cet aspect de cruauté, absente de son premier roman, est le cadre de deux de ses nouvelles, sûrement les plus marquantes du présent volume tant elles se détachent de ce que l’on connaissait déjà de l’auteur et qui mérite que l’on s’y intéresse : la première, celle qui donne son titre à l’ouvrage, Rendez-vous à Crawfish Creek, est l’histoire d’une femme, Bethany, qui veut tomber amoureuse. C’est un tel désir qui l’assaille qu’elle semble prête à l’être du premier homme qui passe. Caissière dans un magasin d’alimentation pour animaux, elle rencontre alors Bret. C’est le coup de foudre, au point où elle oublie presque d’encaisser les achats que l’homme vient d’effectuer. Bethany va alors découvrir, au fil des jours, le véritable visage qui se cache derrière le charisme de Bret, tout comme la douleur à maîtriser lorsque les premiers coups arriveront. Rencontrant alors Aida, une policière poussée à la retraite et développant les premiers signes de la maladie d’Alzheimer, elle décide de s’enfuir, tout en méditant à la manière de se venger.

Brut aromatique, cette seconde nouvelle marquante, égrène les heures pour nous raconter le face-à-face de deux hommes, de Foreman, un écologiste qui s’était perdu sur la route de son combat, et d’Hazelwood, un magnat du pétrole dont l’entreprise est responsable d’une récente marée noire. Le cadre : une cabane dans les bois et entourée par un manteau neigeux. Le résultat : un huit-clos durant lequel deux hommes s’affrontent, Foreman désireux de protéger la nature qui l’entoure au point d’enlever un homme, Hazelwood luttant et cherchant à se délivrer d’un homme prêt à mourir pour la cause qu’il défend.

L’avantage des recueils de nouvelles est la possibilité de procéder à une lecture-fleuve, de savourer une nouvelle en passant, le temps d’un café, d’une pause ou bien de le lire d’une traite. Le style de Nickolas Butler se prête tout à fait à cette lecture-fleuve, un style qui n’est pas sans rappeler le dénuement des nouvelles de Raymond Carver et cette volonté de saisir l’homme, de le comprendre à travers la signification d’un mot, d’une phrase, d’un acte dont la portée peut sembler anodine. L’auteur croque, à chaque ligne, à chaque nouvelle, un pan de la vie d’autrui et la restitue avec son amour pour les hommes et la nature : avec lui, le lecteur respire cet air frais et revigorant du Midwest, il plonge avec Kat et Pieter dans ce lac gelé pour célébrer la nouvelle année (Sous le feu de joie), il assiste à cette grandeur de la nature que célèbre Nickolas Butler.

Rendez-vous à Crawfish Creek confirme le talent de Butler tout en dévoilant une nouvelle part de l’auteur avec des nouvelles tenant du registre noir et je ne peux qu’acquiescer au mot de Mireille Vignol, la traductrice, lorsqu’elle déclare : « Vivement le prochain Butler ».

 

Rendez-vous à Crawfish Creek (Beneath the Bonfire) de Nickolas Butler, traduit de l’anglais (États-Unis) par Mireille Vignol, éditions Autrement, 2015, 320 pages, 19 euros.

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