Mon chat Yugoslavia de Pajtim Statovci

Pajtim Statovci est né au Kosovo en 1990 avant que ses parents décident de déménager en Finlande, deux ans plus tard, un an après que le petit état de 11 000 km² environ ait proclamé son indépendance, ouvrant alors la voie à des conflits interethniques et à la tragédie de 1999. Étudiant la littérature comparée à l’université d’Helsinki et l’écriture de scénarios pour le cinéma et la télévision à l’École supérieure Aalto d’art et design, Pajtim Statovci surgit sur la scène littéraire avec un premier roman loufoque et empreint de gravité, dans lequel il rend hommage à ses racines.

Mon chat Yugoslavia est un roman qui se compose de deux voix, la première, celle qui ouvre le roman d’une manière assez abrupte, est celle de Bekim, un étudiant à Helsinki. Fils d’immigrés kosovars, Bekim est aussi un homosexuel qui cherche à s’intégrer dans la société finlandaise, lassé par les études et vivant avec un boa constricteur. Son quotidien se voit chamboulé lorsque, un jour, il rencontre un « chat », rapidement décrit comme un être humain. L’attitude de ce dernier est une alternance de crises, de disputes et d’amour.

 

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Mon chat Yugoslavia de Pajtim Statovci

 

La deuxième voix est celle d’Eminè. Elle nous emmène dans la Yougoslavie du printemps 1980. Alors qu’elle part pour l’école, son chemin croise la route d’un conducteur, Bajram, qui tombe immédiatement amoureux d’elle, au point de demander sa main à son père. C’est une nouvelle vie qui se prépare alors pour Eminè : entre les différents préparatifs pour le mariage et son amour pour Bajram, la petite fille quitte peu à peu le monde idéalisé de l’enfance pour entrer dans celui brutal et sans concession des adultes.

Peu à peu, les deux histoires vont se rejoindre : tandis que la partie consacrée à Eminè égrène le temps et que l’on assiste aux désillusions de la jeune femme, Bekim, lui, va opérer un retour en arrière, à la recherche de ses racines dans un pays meurtri par les conflits récents, une recherche indispensable pour soigner son mal-être.

Le roman reste, toutefois, assez bancal : bien que le découpage en deux voix est efficace, les chapitres consacrés à Eminè sont toutefois les plus intéressants, notamment dans la description des us et coutumes kosovars et de cette guerre qui se dessine en filigrane. Eminè reste particulièrement touchante et la force du personnage réside dans cette combativité qui la détermine. Les chapitres sur Bekim, bien qu’originaux avec la présence de ce « chat » qui prend immédiatement la symbolique du patriarche absolu, pêche par le manque d’enjeux : l’indolence du personnage est complètement irritante et il est assez regrettable d’assister au « réveil » de Bekim seulement dans le dernier tiers de l’ouvrage.

Il n’en demeure pas moins que Mon chat Yugoslavia reste original, non seulement dans le fait qu’une partie du roman se déroule au Kosovo, mais aussi avec cette distanciation des différentes voix du livre : Eminè, grave et terre-à-terre, semble comme répondre à Bekim, dont les passages restent assez loufoques, notamment avec ce « chat » humanisé et ce boa constricteur qui trouve son habitat sous le canapé. Le roman reste une très bonne surprise et inscrit Pajtim Statovci comme un auteur doué et ambitieux dont on a hâte de découvrir un nouveau roman.

 

Mon chat Yugoslavia (Kissani Jugoslavia) de Pajtim Statovci, traduit du finnois par Claire Saint-Germain, éditions Denoël, 2016, 336 pages, 21,90 euros.

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