Carnets noirs de Stephen King

Après un léger détour par l’horreur, son thème de référence, avec Revival, Stephen King est de retour avec le personnage de Bill Hodges, un flic à la retraite, dans le second volume de cette trilogie qu’il consacre à ce personnage et qui nous fut présenté dans Mr Mercedes – trilogie qui s’achèvera avec End of Watch, prévu aux États-Unis pour juin 2016. Carnets noirs, publié par les éditions Albin Michel, est, comme tous les romans de Stephen King, un condensé de ses sujets de prédilection, à travers lesquels il dépeint une société à la dérive.

Le roman débute en 1978. John Rothstein est un écrivain devenu célèbre grâce à un roman, intitulé Le Coureur dont il reprendra le personnage principal, Jimmy Gold, à travers deux suites, formant alors une trilogie qui fera la renommée de son auteur. Une trilogie dont l’écriture et la portée rappellent aisément L’attrape-cœurs de J. D. Salinger et qui met en scène un antihéros comme en connaîtra la littérature américaine de la deuxième moitié du XXème siècle, allant à contre-courant des normes de la société, au langage teinté de grossièreté, un personnage purement anticonformiste.

 

51vdnc63aGL
Carnets noirs de Stephen King

 

Conforté dans son succès, John Rothstein décide de prendre sa retraite et de vivre reclus, chez lui, entouré de cahiers Moleskine noirs dans lesquels son œuvre se développe, son écriture s’affine, ses héros évoluent. Une retraite qui laisse toutefois un goût amer dans la bouche de certains de ses lecteurs, déçus de l’évolution que son personnage de Jimmy Gold a pris à la fin de ce troisième volume, Le Coureur ralentit, une évolution qui semble aller à l’encontre des deux premiers volumes, un véritable retour en arrière pour le personnage.

C’est le cas de Morris Bellamy, véritable admirateur du travail de Rothstein et du personnage de Jimmy Gold, qui considère quasiment cette trilogie comme une nouvelle Bible. La déception au paroxysme, Morris Bellamy décide d’assassiner l’écrivain, notamment pour mettre la main sur ces précieux carnets, dont l’existence est révélée par la femme de ménage de l’auteur. Pour ce faire, il décide de faire passer cet assassinat comme un simple meurtre dont la raison serait l’argent que garderait Rothstein chez lui.

Tout ne se passant jamais comme prévu, Morris Bellamy se retrouve derrière les barreaux, les carnets Moleskine cachés dans un endroit connu de lui-seul et attendant d’être lus. Nous sommes alors en 2010. Un adolescent du nom de Peter Saubers découvre une malle contenant des enveloppes de billets de banque et une centaine de carnets Moleskine noirs, enveloppés dans du plastique. Cette découverte va amener l’adolescent à faire des choix draconiens, notamment concernant cet argent qui pourrait sûrement éviter à ses parents de divorcer, dont le père est dans l’incapacité de travailler depuis qu’un fou au volant d’une Mercedes à foncer dans la foule pour les écraser. Mais Peter va aussi lire ces carnets en question et faire une découverte majeure concernant l’œuvre de John Rothstein.

Comme dans tous ses romans, Stephen King décrit dans un premier temps la psychologie des personnages, à travers leurs enfances, leurs vécus, il nous fait entrer dans leurs univers avec brio. Un temps d’exposition finalement nécessaire jusqu’à ce qu’un élément perturbateur explose alors, mettant la machine infernale en marche. Traitant de l’obsession, Stephen King rend celle-ci palpable, contagieuse même : le personnage de John Rothstein, plus vrai que nature, fait fortement penser à Philip Roth et le lecteur se prend d’envie de découvrir cette trilogie du Coureur tandis que Morris Bellamy, tout comme Annie Wilkes de Misery, devient la figure cauchemardesque d’un fan obsédé, que tout écrivain n’aimerait avoir pour rien au monde.

Fan de John Rothstein et de son œuvre, Morris Bellamy en est obsédé, au point que la limite entre le monde réel et le monde fantasmé devient ténu : l’œuvre de Rothstein en est à ce point essentielle pour Bellamy que ce dernier ne supporte pas que l’on contredise la vision qu’il a de l’œuvre en elle-même. Ce fanatisme, présent dans presque tous les ouvrages de Stephen King, prend un écho assez troublant avec notre monde actuel, où l’assujettissement d’une personne pour un roman, pour le cinéma (il n’y a qu’à prendre l’exemple de John Warnock Hinckley Jr. et sa tentative ratée d’assassinat de Nixon qui n’avait pour but que d’attirer l’attention de Jodie Foster), ou encore la religion fait que des hommes en assassinent d’autres pour assouvir cette obsession.

Croquant alors notre monde moderne, Stephen King délivre alors un roman noir et angoissant dans lequel les personnages déambulent, prisonniers de leurs actions et du destin, comme Peter Saubers qui tombe dans un engrenage qui lui fera forcément croiser la route de Morris Bellamy et comme le lecteur qui, envoûté par l’écriture de King et ses talents de conteur, n’a pas d’autres choix que de continuer à tourner les pages pour assister à un final tout feu tout flamme et des indices quant à la tournure que prendra le dernier volet de la trilogie Bill Hodges.

 

Carnets noirs (Finders Keepers) de Stephen King, traduit de l’anglais (États-Unis) par Nadine Gassie et Océane Bies, éditions Albin Michel, 2016, 432 pages, 22,50 euros.

Publicités

4 réflexions sur “Carnets noirs de Stephen King

  1. Ping : Bilan de mars 2016 – une pause littéraire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s