Maestra de L. S. Hilton

Une parution simultanée dans 35 pays, des droits cinématographiques déjà acquis par la productrice de la saga Millenium et un buzz internet finement orchestré par son éditeur français, voici ce qui entoure la sortie de Maestra, le roman de L. S. Hilton, accueillie à bras ouvert dans la collection La Bête Noire des éditions Robert Laffont. Marquant un grand coup avec un premier volet d’une trilogie qui se veut noire et érotique, cette journaliste et critique d’art, vivant à Londres après avoir bourlingué entre New York et Milan, met alors en scène le monde de l’art, un monde qu’elle connaît bien pour l’avoir pratiqué et son héroïne, une véritable femme fatale.

 

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Maestra de L. S. Hilton

 

Une héroïne qui est loin d’être aussi fatale que ça au début de l’ouvrage : Judith Rashleigh est une assistante dans l’une des deux plus grands hôtels de ventes aux enchères de Londres. Vivant en colocation avec des étudiants en médecine, Judith reste mise à l’écart dans son travail, écopant de tâches subalternes, loin du talent et des diplômes dont elle est pourvue. Sur les conseils d’une ancienne amie d’enfance, elle décide alors de briser la routine en travaillant le soir dans un bar à hôtesses où elle parvient à user de ses charmes. Un homme du nom de James devient l’un de ses clients réguliers.

Judith se voit alors confier une tâche qui sort de l’ordinaire, une tâche qui lui démontre que ses charmes peuvent lui permettre de faire carrière avant qu’elle découvre une gigantesque escroquerie autour d’une toile de George Stubbs dans laquelle est trempée sa société. Licenciée, Judith se retrouve avec un seul et unique emploi, un emploi qui la transformera peu à peu en femme fatale et qui l’entraînera de la Côte d’Azur à Paris, en passant par la Ville Éternelle.

Comparé, lors de sa promotion, à Cinquante nuances de Grey qu’il est censé reléguer aux oubliettes, le roman de L. S. Hilton est très loin d’avoir une ressemblance avec la saga de E. L. James : les scènes érotiques, crues et, par instant, sadomasochiste, sont le seul lien, ténu, auquel on peut raccrocher les deux ouvrages. Le personnage de Judith Rashleigh reste en total opposition avec Christian Grey, bien que les deux personnages partagent une certaine obstination dans leur comportement et une addiction au sexe. Judith Rashleigh est, en effet, marquée par ses doutes et ses faiblesses dont elle parvient à en tirer parti. La narration à la première personne présente toutefois un personnage froid et peu accessible, au point de donner l’impression que Judith raconte l’histoire d’un double d’elle-même.

L’histoire, quant à elle, peine à démarrer, préférant dans un premier temps décrire un monde de l’art assez refermé et tourmenté par les millions qui circulent, un monde finalement peu connu des lecteurs tandis que la transformation en femme fatale de Judith reste maladroite, à grand renfort de mythologie grecque et de descriptions de tableaux. Prenant un malin plaisir à jouer avec les clichés, L. S. Hilton livre alors une femme forte, quasiment antipathique certes, mais aux exhalaisons qui font immédiatement penser au personnage de Catherine Tramell, interprétée par la fascinante Sharon Stone, dans Basic Instinct, une ressemblance qui, parions-le, est loin d’être fortuite. Le côté polar reste, quant à lui, en retenu, au point où l’on oublie presque que l’on en lit un.

Une retenue, toutefois, à mesurer : premier volume d’une trilogie, Maestra est une introduction essentielle à l’histoire que L. S. Hilton cherche à raconter : il s’agit, pour l’instant, de décrire un univers naviguant entre le réalisme des hôtels de ventes et la véritable nature de cette héroïne hyper sexualisée. La suite de la trilogie devrait permettre d’éclairer un peu plus les intentions de l’auteur et de dévoiler la véritable histoire de Judith Rashleigh. Il n’en demeure pas moins que Maestra reste un roman original, se lisant avec facilité et réussissant à capter l’attention du lecteur suffisamment longtemps pour qu’il se prenne au jeu dans lequel L. S. Hilton veut le faire rentrer.

 

Maestra (Maestra) de L. S. Hilton, traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Laure Manceau, éditions Robert Laffont, 2016, 384 pages, 18,90 euros.

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  1. Ping : Bilan de mars 2016 – une pause littéraire.

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