L’Esprit rouge de Zéphir et Maximilien Le Roy

L’Esprit rouge, nouvelle parution des éditions Futuropolis, témoigne encore une fois de la ligne éditoriale exigeante que s’est imposée la maison d’édition. Fruit d’une collaboration entre Zéphir, né en 1992 et diplômé des Métiers d’Arts en illustration, pour le dessin et Maximilien Le Roy, né en 1985 et dont ses prises de position concernant le conflit israélo-palestinien lui valent une interdiction d’entrer sur le territoire israélien, pour le récit, L’Esprit rouge est un incroyable voyage aux confins de la folie et dans le Mexique des années 30, et une quête, celle d’Antonin Artaud, celle de la rencontre avec les indiens Tarahumaras.

Antonin Artaud est l’un des artistes dont seul le XXème siècle a pu en produire, de Cocteau à Picasso, en passant par le mouvement des surréalistes et André Breton. Artaud est avant tout un artiste complet, touche-à-tout, loin de se cantonner dans un seul art : acteur de théâtre dans un premier temps, officiant dans la troupe de Charles Dullin, il en sortira grandi, publiant ses premiers poèmes et comptes-rendus dans diverses revues de l’époque. Cette expérience l’amènera naturellement vers le cinéma, ce nouvel art qui, loin de ses balbutiements, va rapidement prendre son envol, permettant aux metteurs en scène d’explorer une nouvelle manière de transmettre leur art. Rapidement, Artaud va entrer en littérature, et plus particulièrement dans le mouvement surréaliste, d’où il tirera ses premières théories sur le théâtre.

 

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L’Esprit rouge de Zéphir et Maximilien Le Roy

 

Mais, derrière l’artiste, se cache un homme torturé. C’est celui-là que Zéphir et Maximilien Le Roy ont voulu dépeindre. Car Antonin Artaud est un homme en perpétuelle souffrance, une souffrance due à l’opium et à sa dépendance. Il décide alors de partir en expédition au Mexique, à la recherche de la civilisation originelle mexicaine, fuyant cette Europe qui se perd, selon lui, dans des idéologies obscures. Il décide alors d’être initié aux différents rites ancestraux et notamment celui du peyotl, une sorte de cactus aux propriétés psychotropes et hallucinatoires, utilisé notamment par les indiens Tarahumaras et qui reviendra à la mode dans les années 50, notamment avec son utilisation par les fondateurs de la Beat Generation, et souvent nommé dans les romans de William S. Burroughs.

Optant pour une narration déconstruite et non linéaire, Zéphir et Maximilien Le Roy plongent dans l’esprit d’Antonin Artaud, un esprit torturé par ce manque de drogue, tourmenté par des crises d’angoisses auxquelles se succèdent des phases de calme, de plénitude permettant à l’artiste de donner des conférences, de développer ses théories sur l’art. Le voyage mexicain d’Artaud est entrecoupé par des scènes se déroulant en 1944, où Artaud se retrouve enfermé dans un asile psychiatrique, à Rodez. Reclus, en proie à des crises de paranoïa et étouffé par cette prison, c’est par bribes que revient à son esprit son escapade mexicaine. Une réclusion que Zéphir décide de représenter avec des cadres resserrés, cherchant à faire ressentir au lecteur cet enfermement.

Le travail que Zéphir accorde au dessin, que ce soit aux personnages qu’au décor, est monumental : à la fois minimaliste et riche de détails, le dessin donne cette impression de croquis fait sur le tas, imprécis et contribuant à rendre une atmosphère irréelle, plein de la folie de son sujet. Les rares dialogues tendent à démontrer cette solitude qui a envahit l’artiste, qui vivote ici et là, aux crochets des autres, ne pouvant payer sa chambre d’hôtel.

Fort d’un excellent travail en amont et réalisé par deux artistes accomplis, L’Esprit rouge a le mérite de remettre en lumière un grand artiste du XXème siècle et nous entraîne dans un voyage initiatique aux confins de la folie, une folie que parviennent à saisir les deux auteurs dans un récit impressionnant.

 

L’Esprit rouge de Zéphir et Maximilien Le Roy, éditions Futuropolis, 2016, 160 pages, 21,90 euros.

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