Les invisibles de Hugh Sheehy

La parution d’un recueil de nouvelles est un peu le passage obligatoire pour un auteur américain, comme un avant-goût de son style, de sa narration, un prélude à ce premier roman qui ne tarde jamais à voir le jour. Regroupant alors, dans la majorité des cas, diverses collaborations avec des revues, ces nouvelles présentent au public son auteur. C’est le cas de cette nouvelle parution dans ces Terres d’Amérique des éditions Albin Michel, signée Hugh Sheehy et dont le fameux recueil, Les invisibles, est déjà couronné par un prix littéraire, celui du Flannery O’Connor Award, amplement mérité.

 

Hugh sheehy - Les invisibles
Les invisibles de Hugh Sheehy

 

Composé de onze histoire, l’excellent ouvrage de Hugh Sheehy dévoile la fascination de son auteur pour l’étrange, non pas fantastique ou absurde, mais ancré dans le réel et servi par une plume drapée de noirceur. La nouvelle qui ouvre le livre, Otages, est une entrée en matière parfaite dans l’univers dérangeant de l’auteur : Maddy, institutrice dans une école primaire et alcoolique, est obligée d’attendre avec l’un de ses élèves que le père de ce dernier vienne le chercher. Scrutant la forêt qui entoure l’établissement, elle va être séquestrée avec son élève par deux toxicomanes qui se sont introduits dans l’école. L’histoire qui donnera son titre à l’ouvrage met en scène la jeune Cynthia qui, tout comme sa mère, est une invisible, une personne qui passe inaperçue, et dont les deux seuls amis sont enlevés après qu’ils aient remarqué une camionnette stationnée sur le parking d’une patinoire. Un sourire pour Ellie dressera le tableau des habitants dans un quartier et leurs réactions, en particulier celles de Nolan et Henry, deux amis d’enfance, après que l’une des voisines se soit fait assassinée chez elle.

Partant d’un postulat de départ somme tout réaliste, Hugh Sheehy écrit les chroniques alors une Amérique désenchantée, en proie à la violence et à la cruauté. Les personnages sont alors retranchés, fermés et leurs interactions se trouvent réduites à leurs plus simples expressions. Car les personnages du recueil ont une similitude entre eux : c’est cette solitude qui s’empare alors d’eux ou qu’ils connaissent depuis toujours. Marcus, dans la nouvelle La traduction du professeur Schwartz, est solitaire au point que personne ne semble s’inquiéter du fait qu’il se réveille amnésique. C’est en croisant des individus qui rythment son quotidien et sa vie – et qui ne croiront pas à son amnésie – qu’il parviendra à retrouver des souvenirs.

Il n’est nulle question d’American Dream dans l’écriture et les histoires de Hugh Sheehy mais ce dernier parvient toutefois, avec la simplicité des mots, à retranscrire une forme de poésie dans la signification de cette solitude et une interrogation sur l’existence en elle-même. La dernière nouvelle de l’ouvrage, Variations sur le même thème, est comme un rayon de soleil qui perce un ciel orageux : Denny, qui a vécu une grande histoire d’amour avec une certaine Elise, rencontre Jane dans laquelle il retrouve un peu de ces mimiques qui faisaient le charme d’Elise. Loin de vivre la même histoire, Denny va finalement se servir de Jane pour tourner la page avec Elise et la nouvelle se conclura sur une légère touche optimiste, apaisée.

La diversité des personnages du recueil est finement croquée par la plume de Sheehy qui s’amuse à bousculer son lecteur en créant un malaise, en le confrontant à un univers violent, que ce soit physiquement que psychologiquement. Hugh Sheehy transforme alors son premier essai en véritable réussite qui annonce que du bon pour son premier roman.

 

Les invisibles (The invisibles) de Hugh Sheehy, traduit de l’anglais (États-Unis) par Marilou Pierrat, éditions Albin Michel, 2016, 304 pages, 21,90 euros.

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