La Dame de Monsoreau d’Alexandre Dumas

Livre lu dans le cadre d’une lecture commune organisée sur livraddict.com

 

Deuxième volume que Dumas consacre aux derniers de la dynastie des Valois, faisant suite au magnifique roman consacré à La Reine Margot, La Dame de Monsoreau paraît en feuilleton en 1846. Écrit avec la collaboration du fidèle Auguste Maquet, Alexandre Dumas continue de parcourir, avec ce roman, l’Histoire de France avec amusement tout en continuant d’explorer ce conflit entre la liberté et la fatalité, un conflit récurrent dans l’œuvre de Dumas et qui reprend, avec admiration, les thèses de Michelet, l’une des principales sources de Dumas.

 

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La Dame de Monsoreau d’Alexandre Dumas

Nous sommes en 1578. Quatre ans se sont écoulés depuis la fin de La Reine Margot et de la mort de Charles IX et de l’avènement de son frère, sous le nom d’Henri III, abandonnant alors le trône de Pologne pour rentrer à bride abattue en France. Un premier constat amer de ce début de règne est la situation dans laquelle se trouve le royaume de France : c’est un pays divisé, en proie à des guerres civiles et de religions, à des partis politiques de plus en plus puissants, ainsi qu’à des conflits familiaux vieux de plusieurs siècles. Fidèle en amitié, Henri III va alors s’entourer d’un bouffon, du nom de Chicot, et qui se voit doté d’une grande liberté dans ses paroles et de favoris dévoués pour asseoir son autorité et qui connaîtront alors une fortune et une popularité grandissantes ainsi que des railleries : rapidement, ces favoris vont porter le surnom de mignons et des rumeurs concernant une probable homosexualité du roi se propageront à la Cour.

Le duc d’Anjou, frère d’Henri III, s’allie alors avec la maison de Guise, et notamment avec Henri Ier de Guise, qui se pose en défenseur de la foi catholique et dont l’ambition cherche à le faire monter sur le trône de France. Désireux de porter le chaos dans les rues de Paris et en province, les deux princes s’attachent alors les services de plusieurs gentilshommes, dont notamment, pour le duc d’Anjou, d’un certain Louis de Clermont d’Amboise, comte de Bussy, ancien galant de la reine Margot, célèbre par son coup d’épée et sa bravoure, sorte de D’Artagnan du XVIe siècle. Une nuit, le gentilhomme se trouve pris dans une embuscade tendue par les mignons du roi et est recueilli par une jolie jeune femme, Diane de Méridor, épouse du terrible comte de Monsoreau, grand veneur du roi qui dissimule ses véritables objectifs. Tombant alors follement amoureux, les deux jeunes gens tenteront de contrecarrer le comte de Monsoreau pour que Diane puisse retrouver cette liberté à laquelle elle aspire tant.

La liberté contre le fatalisme, un conflit permanent qui traverse l’œuvre de Dumas, disais-je plus haut. Le comte de Monte-Christo, publié l’année précédent la parution de La Dame de Monsoreau, repose sur ce conflit : Edmond Dantès cherche à recouvrer cette liberté perdue et qui doit être un droit inaliénable pour l’homme. Il ne pourra la reconquérir qu’à travers sa vengeance sans parvenir à maîtriser les conséquences de ses actions. Dans Le Vicomte de Bragelonne, tout comme dans le présent ouvrage,  le fatalisme devient historique : amoureuse de Raoul de Bragelonne, Louise de la Vallière ne pourra aller à l’encontre de l’Histoire : sa rencontre avec Louis XIV et le fait que le monarque la courtise entraîne la jeune femme à rompre ses liens avec le jeune Raoul. La liberté, qu’elle soit physique – l’emprisonnement de Dantès – ou psychologique – l’emprise de Monsoreau sur Diane en lui faisant promettre de l’épouser,  omniprésente chez Dumas (rappelons que son père est né d’un père noble et d’une mère esclave), est à replacer dans un contexte politique et contemporain à l’auteur : ce n’est que le 27 avril 1848 que le décret promulguant l’abolition de l’esclavage est signé, sous l’impulsion du sous-secrétaire d’État Victor Schœlcher. Dans La Dame de Monsoreau, la liberté reste toutefois illusoire : le champ d’action des personnages reste limité à leur rôle dans l’Histoire et au gré des intrigues politiques.

Il n’en demeure pas moins que le génie de Dumas fait une fois encore mouche avec ce nouveau roman. D’un ton plus léger que La Reine Margot, La Dame de Monsoreau présente une galerie de personnages variée qui trouve ses maîtres dans les personnes d’Henri III et de Chicot : Dumas s’approche au plus près du monarque, s’amusant des rumeurs concernant son homosexualité supposée, et nous montre un roi superstitieux, perdu dans les méandres de l’Histoire mais jonglant avec brio et avec force entre son dévouement pour son épouse avec laquelle il ne parvient pas à avoir d’enfants et sa conciliation entre les différentes forces politiques de son royaume. Son sérieux est contrebalancé par son bouffon, Chicot, dont les apparitions sont succulentes, savoureuses et sublimes, et qui fait preuve d’une grande intelligence et d’une ironie à toute épreuve, amenant alors cette touche d’humour que l’auteur place avec délice dans ses romans.

La Dame de Monsoreau est, au final, un grand roman, dont le souffle épique prend son envol dans la dernière centaine de pages, mêlant la subtile politique le lyrisme de l’amour, personnifié dans la relation de Diane de Méridor et de Bussy d’Amboise. La plume de l’auteur reconstitue le Paris du XVIe siècle avec le sérieux de l’historien et fait de ce roman dramatique une des réussites de l’œuvre de Dumas.

 

La Dame de Monsoreau d’Alexandre Dumas, éditions Gallimard, collection Folio Classique, 2012, 1040 pages, 11,90 euros.

 

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4 réflexions sur “La Dame de Monsoreau d’Alexandre Dumas

  1. Belle chronique ! Je trouve ce que tu écris à propos de la liberté chez Dumas très intéressant 🙂 Comme toi, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement entre ce roman et « Le Vicomte de Bragelonne », et la relation entre Diane de Monsoreau et Bussy n’était pas sans me rappeler celle entre Raoul et Louise…
    Contente que tu aies aimé ta lecture, j’espère te retrouver parmi nous pour « Les Quarante-Cinq » ^^

    Aimé par 1 personne

  2. J’aime beaucoup ce que tu dis sur la liberté et la fatalité dans ce roman et dans l’œuvre de Dumas.
    Par contre, j’avoue avoir été beaucoup plus touchée par l’histoire entre Diane et Bussy et leurs deux personnalités que par celle du roi.
    A bientôt pour la suite 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. J’ai beaucoup aimé l’histoire d’amour entre Diane et Bussy d’Amboise, même si je le laisse pas forcément transparaître dans ma chronique car il faut dire que l’histoire d’Henri III prend énormément de place et est le cadre du roman. Mais je trouve que l’histoire entre les deux jeunes amoureux n’est pas assez explorée à mon goût. Dumas aurait pu rajouter quelques chapitres de déclarations d’amour et de mots tendres que cela ne m’aurait pas plus dérangé.

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