Mécanismes de survie en milieu hostile d’Olivia Rosenthal

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Mécanismes de survie en milieu hostile d’Olivia Rosenthal

 

Il y a des ouvrages, comme celui-ci, qui interpellent. Que ce soit en raison d’un titre énigmatique ou à rallonge, une couverture qui laisse transparaître un petit quelque chose de dérangeant, ou encore tout simplement le nom de l’auteur, qui a déjà derrière lui une œuvre originale, singulière. Ces trois caractéristiques, on les retrouve avec la parution en format poche de l’ouvrage d’Olivia Rosenthal, Mécanismes de survie en milieu hostile. Un auteur particulièrement talentueux qui signe un roman au titre ambigu et mystérieux, porté par une illustration de Philippe Bretelle, mettant en scène des enfants à la chevelure jaune flou, que l’on dirait tout droit sortis d’un film d’horreur.

De l’œuvre d’Olivia Rosenthal surgissent les mêmes thèmes, une récurrence qui permet à l’auteur d’explorer ses angoisses et les nôtres, nos peurs qui nous font et nous défont, et de décrire les effets avec l’œil acéré d’un physiologiste et d’un psychanalyste. Mécanismes de survie en milieu hostile repose sur ces angoisses et, à travers cinq récits, parvient à décrire cette nécessité qui s’empare de l’homme lorsqu’il se trouve en mauvaise position, cet instinct animal qui resurgit, essentiel, indispensable.

Tout débute par une jeune fille qui en abandonne une autre sur le bord de la route, un poids mort qui l’empêchait d’avancer et de rejoindre le plus rapidement possible son village. Les faibles n’ont aucune échappatoire, seuls les plus forts survivent. Car la jeune fille est poursuivie. Une menace semble devoir s’abattre sur elle, une menace qui semble prendre la forme d’un groupe d’individus. Qui sont-ils, que veulent-ils ? Ces simples questions effleurent à peine l’esprit du lecteur, car elles ne sont pas essentielles. L’intérêt réside dans cette volonté d’échapper à cette menace, dans cette envie de survivre. On apprendra plus tard, dans la lecture, qui est cette jeune fille abandonnée au bord de la route, un abandon qui hante la narratrice, qui la plonge dans un cauchemar.

Olivia Rosenthal déploie alors son sublime style pour mettre au point un roman expérimental et esthétique. Des cinq récits qui ne présentent aucuns liens narratifs se distingue peu à peu un fil conducteur, qui renvoie à cet abandon et à la disparition d’un être cher. L’auteur explore alors le deuil, les émotions abondent, foisonnent avant d’être mises à distance, remplacées par une description clinique, froide de l’enveloppe charnelle abandonnée par l’existence. Le roman devient cathartique, salvateur, une sorte de manuel pour apprendre à revivre après le deuil et l’on ressort de la lecture à la fois chamboulé et charmé par l’incroyable travail qu’Olivia Rosenthal opère sur la langue et les mots et le soin tout particulier qu’elle accorde à son récit.

 

Mécanismes de survie en milieu hostile d’Olivia Rosenthal, éditions Folio, 2016, 192 pages, 6,50 euros.

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5 réflexions sur “Mécanismes de survie en milieu hostile d’Olivia Rosenthal

  1. Un sublime article que je vais d’ores et déjà enregistré par le thème qu’il évoque. Une sorte de lecture pansement que je pourrais conseiller par la suite. Merci pour ce si bel exposé.

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