Le fils de Philipp Meyer

Deux ouvrages. C’est ce qu’il aura fallu pour que Philipp Meyer s’impose comme un écrivain de premier plan, talentueux et exceptionnel. Son premier roman, Un arrière-goût de rouille, avait laissé entrevoir le commencement d’une œuvre d’envergure. Son second livre, Le fils, qui vient de paraître au format poche aux éditions du Livre de Poche, consacre son auteur qui nous délivre un roman-fleuve, une chronique familiale et une histoire du Texas qui sera, par ailleurs, bientôt adaptée à la télévision.

Et, pour ce faire, Philipp Meyer entrelace dans son récit trois voix, celles de trois individus issus de la même famille, les McCullough, dont l’histoire va de paire avec celle du Texas, des années 1830 jusqu’en 2012. Le lecteur fait alors connaissance avec Eli McCullough, le patriarche de la famille, celui qui fera fortune et dont la naissance, en 1836, coïncide avec la déclaration et la mise en place d’une république indépendante au Texas, mettant fin à une révolution débutée l’année précédente et qui fut marquée par le siège de Fort Alamo, évènement qui fut immortalisé au cinéma par John Wayne dans un film à la véracité historique douteuse. Eli devient alors véritablement l’enfant du Lone Star State, de l’État de l’étoile solitaire, surnom qui pourrait tout autant s’appliquer à Eli tant il restera à l’écart des hommes, à distance de sa famille, désireux d’accroître sa puissance, sa fortune, son prestige. Enlevé par une tribu comanche, il vivra parmi eux trois ans durant, apprenant leur mode de vie, cette combativité qui lui permettra de relever tous les défis et cet instinct de survie qui feront de lui un centenaire et respecté par les Texans. Son initiation à la culture et aux rites indiens font des chapitres qui lui sont consacrés les plus intéressants de l’ouvrage et permet au personnage de prendre cette envergure qui sied parfaitement à son surnom de Colonel, surnom qu’il a acquit lors de la guerre de Sécession.

Arrive alors la voix de Jeanne Anne, l’arrière petite-fille d’Eli et la première femme à prendre le contrôle du ranch McCullough. À l’aube de sa vie, la femme d’affaires ne peut s’empêcher de se retourner vers le passé et le chemin qu’elle a accompli : une enfance où gravite les derniers feux qui animent le Colonel qui se permet d’être le plus simple possible avec elle, la disparition de ce grand-père, Peter, que toute la famille rejette et son parcours difficile à travers un monde d’hommes, un monde où elle parviendra à trouver sa place, à l’aide de son mari Hank, en faisant de l’exploitation du pétrole son activité principale, puisant dans le sol cet or noir. Sa vie n’est pas pour autant une réussite complète : ses enfants ne présentent aucuns intérêts pour le ranch et les affaires familiales, lui reprochant même toutes ces heures passées à travailler et à les délaisser ; ses petits-enfants qui sont uniquement intéressés par la télévision. Jeanne Anne n’a, néanmoins, aucuns remords, si ce n’est d’être d’un autre monde, un monde fini, passé, dévolu.

La troisième voix est celle de ce fils, celle de Peter. Grand-père de Jeanne Anne, fils d’Eli, il compose son journal intime, dans lequel il retrace l’ascension de sa famille et du respect que l’on doit à son père. C’est aussi les premiers forages de pétrole, d’abord timides, mais qui marqueront le début d’une nouvelle ère, d’un nouveau monde, tandis que l’Europe est en proie à la Première guerre mondiale. Un monde en mutation, tout comme les mentalités : Peter n’a pas l’âme d’un leader, d’un chef et se trouve en proie à des tourments à la fois d’ordres éthiques et aux principes qu’on lui a enseignés depuis son enfance. D’abord chétive, cette voix acquiert, au fil du roman, son importance.

 

9782253067931-001-T
Le fils de Philipp Meyer

 

Le fils, véritable coup de cœur, est une incroyable épopée familiale, prenante, captivante. Les chevauchées d’Eli dans le désert happent l’attention du lecteur qui plonge dans la culture indienne tandis que l’on est touché par la force que trouve Jeanne Anne pour parvenir à s’imposer. Plus qu’une histoire familiale, Philipp Meyer dresse alors une histoire du Texas, de son indépendance à son rattachement aux États-Unis, de la guerre de Sécession à l’exploitation de la richesse de son sol. C’est aussi l’histoire d’un État conservateur, faisant la guerre aux côtés des Confédérés, qui a fait sa fortune grâce à l’élevage. L’auteur évite alors toute leçon de moralité, préférant s’attacher aux manières de penser des époques qu’il dépeint. Il le fait alors avec subtilité, nous plongeant dans les tourments de cette famille qui marque l’esprit du lecteur, tout comme ces longues chevauchées dans les Plaines.

 

Le fils (The son) de Philipp Meyer, traduit de l’anglais (États-Unis) par Sarah Gurcel, éditions Le Livre de Poche, 2016, 792 pages, 8,90 euros.

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