Les Maraudeurs de Tom Cooper

Cela fait maintenant vingt ans que Francis Geffard assouvit régulièrement les envies d’Amérique des lecteurs : en créant la collection « Terre d’Amérique », qui se veut comme un prolongement de cette première et trop rare collection « Terre indienne », Francis Geffard décide de faire côtoyer deux de ses passions, la littérature dans un premier temps, le doux rythme des mots qui dépeignent la vie, et les États-Unis, pays passionnant et plein de contrastes. Découvreur de romanciers talentueux, Francis Geffard devient un passeur de mots,  faisant fi de cet obstacle naturel qu’est l’océan Atlantique. Et, pour fêter les vingt ans de sa collection, paraît un roman très attendu, le premier d’un nouvelliste de talent, Les maraudeurs de Tom Cooper.

Roman très attendu, plébiscité par les critiques outre-Atlantique (« une onde de choc » pour le magazine Publishers Weekly ou encore, comme il est écrit sur le bandeau jaune qui orne l’ouvrage, « un sacré bon roman ! » selon Stephen King), Tom Cooper débarque en France avec des critiques dithyrambiques dans ses bagages et une pression d’autant plus grand. Et, autant le dire de suite, ces critiques sont largement mérités, faisant naturellement des Maraudeurs une nouvelle preuve de cette qualité que recherche la collection « Terre d’Amérique ».

 

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Les maraudeurs de Tom Cooper

 

L’histoire se situe en Louisiane, dans la petite ville de Jeanette. Les stigmates du passage de l’ouragan Katrina, en 2005, sont toujours présents dans le sud de l’État du Pélican et font même partis du paysage quotidien. La population tente toujours de se relever de cette catastrophe et de continuer leur vie (c’est notamment le sujet de l’excellente série Treme, diffusée entre 2010 et 2013 sur la chaîne HBO). Nous sommes en 2010, la plateforme pétrolière Deepwater Horizon de la compagnie britannique BP explose dans le golfe du Mexique. C’est une nouvelle catastrophe qui s’abat sur la Louisiane et les autres États alentours. Une catastrophe environnementale qui s’avère considérable et aux risques qu’a tenté de minimiser BP.

Brady Grimes, l’un des personnages des Maraudeurs, est mandaté par la compagnie pétrolière. Son but ? Faire renoncer aux familles sinistrées les poursuites qu’elles veulent engager contre la compagnie en échange d’un chèque. Il revient donc dans sa ville natale, une ville dont il avait voulu oublié l’existence, et erre dans les rues, tentant de rester de marbre face au désespoir des habitants.

Grimes est l’une des voix parmi d’autres qui font de ce premier roman un roman choral : nous rencontrons aussi Gus Lindquist, qui se souviendra pour toujours de l’ouragan Katrina qui l’a privé d’un bras. Accro aux antidouleurs et obsédé par le corsaire Jean Lafitte qui aurait caché une grosse partie de son trésor dans le bayou, Lindquist, le détecteur de métaux au poing, cherche inlassablement. Wes Trench, un jeune homme qui désire bâtir sa propre entreprise, se retrouve coincé entre un père qu’il tient pour responsable de la mort de sa mère et ses rêves qu’il laisse à l’abandon, rattrapé par une réalité qu’il aurait préféré ignorer, tandis que Reginald et Victor Toup, deux jumeaux aux tendances sociopathes parviennent à investir une île du bayou de plantations de marijuana, circulant la nuit dans les marécages, prêts à abattre quiconque qui s’approcherait un peu trop de leurs plants. Plants qui risqueraient justement d’être menacés par deux gars un peu paumés, condamnés à des travaux d’intérêt général et qui sont prêts à tout pour devenir riche et sortir de cette misère dans laquelle ils baignent depuis toujours.

Et s’ajoute, à tous ces personnages, le véritable talent de Tom Cooper qui, tel un chef d’orchestre, met en branle son histoire, la conduit pour l’amener inlassablement vers son dénouement : ils se croiseront tous à un moment donné, ni trop tôt, ni trop tard. Notons d’ailleurs qu’aucun personnage ne prendra une place plus importante qu’un autre, on les découvre tous en proie à leurs errances, leurs désespoirs. Tom Cooper a le mérite d’être particulièrement à l’aise et son style, d’une fluidité incroyable, agrippe le lecteur qui se retrouve pris au piège du bayou. L’auteur recherche la concision pour mieux laisser son empreinte : les effets de style sont réduits au minimum pour s’intéresser principalement à ce quotidien morose qui va jusqu’à dépendre de la taille des crevettes pêchées.

Humain, c’est ainsi que l’on pourrait décrire le roman de Tom Cooper : l’auteur nous délivre une histoire sincère, rendant palpable le parcours erratique de ses personnages. Mais c’est aussi une histoire optimiste, celle de l’entraide : ces pêcheurs qui sont dans la même galère et qui n’hésitent pas à aider son prochain. Tom Cooper bâtit alors son histoire sur cette population aux abois et qui a l’impression d’être abandonné par son gouvernement, livré à des représentants qui signent des chèques pour acheter le silence. L’auteur signe alors un roman social, dans la pure trempe des ouvrages de Steinbeck, le tout rehaussé par le soin exemplaire apporté aux dialogues, corrosifs et amers. Il n’y a, en définitive, qu’un seul défaut à reprocher à ce coup de cœur : celui de se lire trop vite et d’être, finalement, trop court.

 

Les Maraudeurs (The Marauders) de Tom Cooper, traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Demarty, éditions Albin Michel, collection « Terres d’Amérique », 416 pages, 22 euros.

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