Le sommeil le plus doux d’Anne Goscinny

Anne Goscinny est une femme littéraire. Gestionnaire de l’héritage laissé par son père, René Goscinny, elle côtoie depuis l’enfance le milieu artistique. Elle en viendra naturellement à l’écriture, maniant les mots avec professionnalisme et ce, depuis son mémoire de maîtrise consacré à la romancière Jean Rhys. Titulaire d’un DEA en lettres modernes, elle se fera d’abord critique littéraire et parolière, écrivant pour Serge Reggiani. Mais ce n’est seulement qu’en 2002 qu’elle franchit un cap, celui de la création littéraire, avec un premier roman dans lequel surgissent déjà les grandes lignes qui vont composer son œuvre et que l’on retrouve encore dans son sixième ouvrage, Le sommeil le plus doux, publié aux éditions Grasset.

 

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Le sommeil le plus doux d’Anne Goscinny

 

Le sommeil le plus doux se veut bref, tout comme le laps de temps qui s’écoule dans l’ouvrage. Noël approche. Cette période qui est faite de réjouissances, de réunions de famille et d’amours est l’occasion pour Jeanne et sa mère d’entreprendre un voyage qui tenait à cœur à cette dernière. En compagnie de la grand-mère paternelle de Jeanne, elles arrivent à Nice, sous un soleil d’hiver et sa promenade des Anglais désertée. Mais ce voyage est d’un caractère assez particulier : c’est l’avant-dernier que fera la mère de Jeanne, condamnée par un cancer. Désireuse de revoir cette ville où elle a vu le jour, cette mère, qui ne sera jamais nommée, attend l’inéluctable : ce dernier voyage qui prendra la forme du sommeil.

À la voix de Jeanne répondra celle de Gabriel qui, trente ans plus tard, se remémore sa rencontre avec elle. Une rencontre qui prendra une forme symbolique : en devenant l’amante de Gabriel, Jeanne entre pleinement dans la vie adulte, une nouvelle vie qui sera marqué par le décès de cette mère. L’enfant adulte, qui deviendra alors orpheline de mère, perdra le dernier de ses géniteurs, de ses créateurs.

Le deuil, voici cette obsession qui resurgit, qui traverse l’œuvre d’Anne Goscinny, qui hante la romancière. Car on ne peut s’empêcher de reconnaître son prénom dans celui de Jeanne. Car on sait à quel point l’influence de son père fut capitale pour Anne Goscinny. Car le décès d’un parent est une chose inévitable mais profondément marquant pour quiconque. Mais Anne Goscinny doit aussi faire face à cette morte inattendue de son père à neuf ans et celle de sa mère à vingt-six ans. C’est cet amour fusionnel qu’elle met en scène, entre Jeanne et sa mère, dont les rôles se retrouvent de nombreuses fois inversés au fil des pages : Jeanne ne peut s’empêcher d’adopter un comportement maternel, entrant dans la chambre pour veiller sa mère, lui déposant un tendre baiser le matin.

Anne Goscinny fait preuve de retenue dans le choix de ses mots. Bien que la cruauté de la réalité soit présente, la romancière préfère toutefois une écriture simple qui se révèle profondément poétique et quasi-aérienne pour traiter d’un sujet aussi douloureux et grave que la mort d’un proche. À la fois pudique et intense, l’écriture d’Anne Goscinny nous fait entrer dans l’intimité d’une famille à l’approche de l’échéance inéluctable de la mort, faisant du Sommeil le plus doux un récit touchant, aux éléments autobiographiques et à la construction surprenante qui prendra son sens à la toute fin de l’ouvrage.

 

Le sommeil le plus doux d’Anne Goscinny, éditions Grasset, 2016, 144 pages, 13,50 euros.

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