Pique-nique à Hanging Rock de Joan Lindsay

Joan Lindsay est loin d’être l’auteur d’un seul roman : sa carrière de femme de lettres débutant dans les années 1910, elle s’essaie, comme beaucoup d’écrivains, à l’histoire courte, au théâtre puis, en 1936, au roman, un genre qu’elle ne retrouvera que vingt-six ans plus tard avec un ouvrage semi-biographique. Elle qui dédiera sa vie à l’écriture devient, au fil des années, l’une des figures majeures de la littérature australienne. Mais un ouvrage en particulier la fera connaître mondialement, au point où elle sera traduite en français et éditée en français par les éditions Flammarion en 1977 et rééditée aujourd’hui par Le Livre de Poche : Pique-nique à Hanging Rock.

 

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Pique-nique à Hanging Rock de Joan Lindsay

 

Publié en 1967, Pique-nique à Hanging Rock devint rapidement un succès, au point de voir ses droits cinématographiques achetés et, dans la foulée, adapté sur grand écran en 1975 par Peter Weir, le futur réalisateur du Cercle des poètes disparus. Un succès aussi bien commercial que critique, faisant entrer son auteur au Panthéon de la littérature australienne, qui livre un récit à la fois envoûtant et obsédant, mystérieux et d’une rare beauté.

L’ouvrage s’ouvre sur la Saint-Valentin. Nous sommes le 14 février 1900, l’été touche doucement à sa fin dans l’hémisphère sud, prêt à laisser la place à un automne doucereux. L’Australie n’est pas encore un État indépendant membre de l’Empire britannique – il faudra encore attendre un an – et se trouve engagé dans la seconde guerre des Boers en Afrique du Sud sous les couleurs anglaises. Mais les relations internationales peinent toutefois à trouver écho auprès des habitants du village de Macedon – situé au nord-ouest de Melbourne, dans l’État du Victoria – trop occupés à vivre leur vie de tous les jours sous la torpeur du soleil australien.

Pour fêter la Saint-Valentin, Mrs Appleyard, la fondatrice d’un pensionnat de jeunes filles, décide d’autoriser ses jeunes pensionnaires à pique-niquer au pied du Hanging Rock, une formation rocheuse qui deviendra célèbre grâce au roman. Encadrées par Mademoiselle de Poitiers, professeur de danse et de français, et par Greta McGraw, professeur de mathématiques, et emmenées dans une voiture tirée par des chevaux et conduite par Mr  Hussey, les étudiantes partent dans la matinée pour une sortie scolaire des plus normales.

Alors que le déjeuner se termine et que les étudiantes et leurs professeurs somnolent, quatre d’entre elle décident de faire une promenade pour observer la formation rocheuse de plus près, croisant en chemin deux hommes, Albert et Michael, venus avec l’oncle et la tante de ce dernier pour savourer l’une des dernières journées de l’été. Mais, tandis que l’heure de rentrer au pensionnat approche, une seule adolescente refait surface, hagarde et incapable de parler, auprès de ses camarades qui déplorent la disparation de Miss McGraw.

De ce postulat de départ, fortement orienté vers le roman policier, Joan Lindsay explore les réactions des jeunes adolescentes et de leurs professeurs et décrit avec minutie la déchéance de Mrs Appleyard et de son pensionnat très réputé. Car, en effet, l’ouvrage ne porte pas en particulier sur le mystère de la disparition des jeunes filles : bien qu’omniprésent, ce mystère, qui constitue le corps de l’histoire, n’est qu’un prétexte sur lequel se reposera le déclin de la maison Appleyard. Ce sera, pour la directrice de l’établissement, l’occasion de revêtir son plus beau masque pour faire bonne mesure auprès des habitants et des parents d’élèves, tentant de sauver le travail de plusieurs années et ce, alors qu’elle ne parvient à trouver du réconfort qu’à force de verres bus.

Roman mystérieux, Pique-nique à Hanging Rock trouve toutefois sa force dans l’écriture de Joan Lindsay, à la fois simpliste lorsqu’il s’agit de narrer les évènements que poétique dans ses descriptions pour dresser un parfait tableau du bush australien et de sa nature somme toute inhospitalière, jetant alors une sorte de halo sur l’histoire, qui se transforme alors en un interminable cauchemar d’une sieste après un déjeuner trop copieux. Cette étrange disparition se moule alors doucement dans les formes de l’irréel et de l’hallucination collective, contribuant à rendre le roman à la fois fascinant et sublime, duquel on ressort envoûté et charmé par le talent de l’auteur.

 

Pique-nique à Hanging Rock (Picnic at Hanging Rock) de Joan Lindsay, traduit de l’anglais (Australie) par Marianne Véron, éditions Le Livre de Poche, 2016, 320 pages, 7,30 euros.

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