Blanès d’Hedwige Jeanmart

Et si ? C’est la question qui traverse le premier ouvrage d’Hedwige Jeanmart, une interrogation qui va entraîner le lecteur dans les fragments de la vie d’un couple. Lauréat du prix Victor Rossel en 2014, prestigieux prix littéraire belge, Hedwige Jeanmart livre un premier roman intriguant et baroque, aux relents quasi mystiques, dans une Espagne qu’elle connaît bien pour y vivre, ouvrage dont la parution en format poche dans la collection Folio permet aux lecteurs de (re)découvrir ce roman qui signe les débuts prometteurs d’un auteur intimiste.

 

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Blanès de Hedwige Jeanmart

 

Et si ? Et si Eva, la narratrice, n’avait pas proposé à son conjoint, Samuel, un auteur de science-fiction souffrant de la page blanche, d’aller à Blanès, petite station balnéaire au nord de Barcelone et connue en particulier grâce au Discours de Blanès que l’écrivain chilien Roberto Bolaño prononça en 1999 lors d’une grande fête municipale ? Serait-il resté au lieu de disparaître à son retour, déposant le livre qu’il tenait dans ses mains sur la table avant de sortir, comme s’il déposait les armes, s’abandonnant à sa condition de mortel ? Et si Eva était passée à côté de quelque chose, lors de sa visite à Blanès, qui aurait pu expliquer la disparition de Samuel ?

Eva n’a pas d’autres choix que de retourner dans la petite ville pour réussir à trouver une réponse à cette disparition subite de son amant, tout en s’interrogeant sur le discours de Bolaño, un discours innocent en toute apparence, dans lequel l’écrivain chilien continue de s’interroger sur les limites de la fiction et son rôle prépondérant sur la réalité. Arrivée sur place, Eva déambule, parcourt les mêmes chemins qu’avec Samuel, s’arrête au même restaurant et cherche, inlassablement un semblant de réponse.

Une errance qui conduira la narratrice à livrer une description de la station balnéaire qui deviendra un personnage propre, mystérieux, vivant. Elle rencontrera une campeuse, un serveur, des drogués et des adorateurs de Roberto Bolaño qui se réunissent pour se livrer à un culte de l’auteur, les personnages s’entrecroiseront dans une comédie humaine où le fantôme de Samuel flottera au-dessus d’eux. Blanès devient alors une ville inaccessible d’où ne surgira aucune signification à la disparition de Samuel, tout en étant un mal nécessaire, les rues un labyrinthe dans lequel Eva perd finalement peu à peu le sens de la réalité.

Réalité et fiction s’entrelacent alors. Où commence l’une et où s’arrête l’autre ? Les admirateurs de l’écrivain chilien prennent peu à peu l’apparence inquiétante d’une secte qui cherche à embrigader Eva qui cherche à résister, dans le brouhaha de la ville, à la facilité qui est la folie et la perte de repères. Seule dans une ville aux contours absurdes, Eva erre, abandonnée par Samuel, ce dimanche où, sur un coup de tête, elle proposa de se rendre à Blanès. Et le lecteur en revient à cette question initiale, et si ?

Hedwige Jeanmart signe là un premier roman ambitieux et parfaitement maîtrisé qui agit avec force sur le lecteur qui devient un double d’Eva, se trouvant lui aussi déboussolé, errant dans les rues de la ville. Formidable interrogation sur le pouvoir de la fiction, Blanès est un coup de maître, une réussite qui obsède, une fois le livre refermé, une obsession qui se caractérisera par l’envie de découvrir la station balnéaire, ainsi que l’œuvre de Bolaño.

 

Blanès d’Hedwige Jeanmart, éditions Folio, 2016, 304 pages, 7,70 euros.

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