Picasso Amoureux de Frédéric Ferney

Il est des artistes dont la vie disparaît complètement, reléguée derrière une œuvre qui prend le pas sur l’individu et dont l’existence se voit drapée d’une légende. Cet artiste devient alors une sorte de prête-nom tant l’œuvre parvient à se détacher de son créateur et, à l’instar de poètes tels que Homère ou Baudelaire, de romanciers et de peintres, Pablo Picasso entre dans cette catégorie : sa biographie, connue avant tout par des admirateurs du peintre ou des curieux, laisse place à des noms de tableaux et à une foule de sentiments ressentis par les spectateurs.

Il est vrai que Les Demoiselles d’Avignon ou Guernica, deux œuvres majeures du XXe siècle, sont deux peintures totalement incroyables et hallucinantes, brisant les codes de l’objet « peinture ». La naissance du cubisme, dont les prémices furent développées par Cézanne avec l’impressionnisme et cette rupture dans la représentation de l’objet, puis celle du surréalisme donnent une nouvelle façon de percevoir le monde. Celui de Picasso transpire dans sa peinture, son intimité devient alors le moteur de sa créativité, lui dont la vie ne s’articule qu’autour de deux axes, comme le démontre avec brio Frédéric Ferney dans son nouvel ouvrage, paru aux éditions Rabelais : le travail, qu’il poursuit inlassablement, et les femmes, qu’il aime intensément.

 

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Picasso Amoureux de Frédéric Ferney

 

Car Picasso est un séducteur et sa présence magnétique. Il aime le genre féminin qui lui rend bien et en fait l’un des sujets principaux de son œuvre, au côté de la guerre, de celle qui traumatisera les hommes en 1914 puis dans les années 40. Il réserve toutefois une place de choix au sexe féminin et aux muses qui l’accompagneront à différents moments de sa vie. Moments qui correspondent inévitables aux différentes périodes qui jalonnent son œuvre. De la période bleue et ses amours avec Germaine, il donnera naissance à ses toiles les plus mélancoliques dont la lumière froide projette la vision de l’artiste sur le monde qui l’entoure, au point que Picasso livrera de lui-même un autoportrait à l’allure déprimante, triste. Ce sera d’ailleurs l’un de ses traits de caractères, cette tendance à l’apitoiement et à la fatalité mettra à rude épreuve ses différentes compagnes.

Mais chaque rencontre le stimule, c’est un nouvel homme, qui est en proie à une boulimie de travail, un véritable acharné de la création. Le trait de pinceau se fait alors moins net, Picasso commence à affûter son style, à poser les premières pierres de son univers si particulier et original. Fernande, remplaçante  de Germaine, devient son modèle, elle apparaît dans ses sujets de peintures. Il signera ses premières toiles sous le signe du cubisme, tout en faisant parler de lui avec des créations qui feront un véritable scandale, Les Demoiselles d’Avignon en première ligne. Et puis voici Eva qui rentre dans sa vie, une nouvelle femme, une autre manière d’aimer. C’est pour lui une véritable résurrection, la possibilité de revivre et de se réinventer, comme l’écrit Frédéric Ferney. Plus qu’un modèle, Eva deviendra une inscription que Picasso grave sur ses tableaux et dans laquelle il proclame son amour.

Avec Olga, on retrouvera une certaine gravité dans son œuvre. Il demeure profondément marqué par le décès d’Eva, rapidement suivi par la mort d’un de ses amis proches, Guillaume Apollinaire. Mais c’est aussi la gloire et la richesse qui arrive, ce sera une période faste que goûtera avec plaisir Picasso. Il continue néanmoins à séduire, inlassablement, comme si ça lui était indispensable. Car suivront encore plusieurs femmes dans sa vie : Marie-Thérèse, Dora, Françoise et Jacqueline. Et une multitude de tableaux, sculptures, poteries et dessins. Il alterne les supports, son œuvre devient protéiforme, inspirée par ces muses qui entrent dans la vie du Catalan.

Frédéric Ferney raconte, dans son ouvrage, ces différentes influences qui ont permis à l’artiste de composer son œuvre. L’importance de ces femmes est alors considérable, tout comme l’attraction qu’exerce sur elles Picasso qui cherche à retranscrire la réalité. Et ce réel passe par celles qui deviennent ses muses, par l’amour qu’il leur porte.  En s’attachant à ces figures féminines, Frédéric Ferney parvient à reconstituer une formidable biographie richement illustrée de l’artiste qui se révèle être un amoureux de l’amour, puisant dans ce sentiment tout ce qui fera la force de son œuvre, et qui fera de la peinture la compagne de toute une vie.

 

Picasso Amoureux de Frédéric Ferney, éditions Rabelais, 2016, 122 pages, 14,80 euros.

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