Le Miroir des illusions de Vincent Engel

Vincent Engel aime décrire le dépaysement. Que ce soit dans Requiem vénitien ou dans Retour à Montechiarro, Vincent Engel, écrivain belge, aime mettre en scène des personnages déracinés au milieu de paysages ou d’atmosphères pittoresques, alliant son goût pour le Drame, avec une majuscule, celui dont Shakespeare employât dans son théâtre, à des dialogues finement ciselés. Avec son dernier roman, Le Miroir des illusions, publié aux éditions Les Escales, l’auteur parvient à concentrer ce qui faisait l’intérêt de ses précédentes œuvres à une histoire qui n’a rien à envier à Edmond Dantès.

Monte-Cristo reste, en effet, toujours à l’esprit lors de la lecture de l’ouvrage qui semble être la principale inspiration pour son auteur : le roman s’ouvre en 1849, à Genève. Atanasio, qui a appris le décès de Giancarlo Malcessati, dit Don Carlos, cet homme qui le protégea et l’éduqua sa vie durant, se rend chez le notaire pour découvrir les dernières volontés du défunt. Et c’est au travers d’une lettre que le jeune Atanasio apprendra la vérité sur ses origines et la funeste mission qui lui est confiée, celle d’une vengeance dont il sera le point final. Une vengeance lentement mûrie depuis une vingtaine d’année pour rendre le coup de grâce à une femme. Et, pour mener à bien la mission, Atanasio devra respecter à la lettre l’ordre des personnes à assassiner.

 

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Le Miroir des illusions de Vincent Engel

 

Vincent Engel met au point, avec ce talent de scénariste qu’il démontre à chaque ouvrage, un prologue efficace, qui met en place d’une manière brutale le récit avant d’opérer un retour en arrière d’une quarantaine d’années. Nous voici maintenant à l’aube du XIXe siècle qui apporte, comme chaque commencement, toutes ses promesses, gardant en main ses désillusions pour mieux les abattre par la suite. Venise est aux mains des troupes napoléoniennes, la riche cité marchande perd peu à peu ce prestige dont elle était auréolée et ne devient plus que l’ombre d’elle-même, à l’image du palais de Girolamo Acotanto qui, décrépit, tombe peu à peu en miettes, ce qui n’empêche pas la fille de ce dernier, Alba, de préférer au luxe ce palais désuet. Charmante, avec un côté garçon manqué, Alba fait le bonheur de Girolamo qui veut le meilleur pour sa fille. Elle est donc promise à un certain Giancarlo Malcessati, qui promet, en échange, de rembourser les dettes du vieil homme et de financer les travaux de réfection du palais.

Devant ce mariage forcé, Alba, véritable féministe avant l’heure, décide de garder toute sa liberté, tout en respectant le désir de son père. Voyageant seule et ne s’intéressant guère aux passions de ce mari finalement peu connu d’elle, elle décide, des années plus tard, de revenir à Venise, le temps d’un voyage. C’est alors qu’une nuit, elle rencontre un Allemand du nom de Wolfgang. Une véritable passion débute alors, un coup de foudre qui deviendra de plus en plus tragique avant de sombrer dans le crime dont aucun ne sortira indemne.

Le Miroir des illusions est clairement un roman noir dont le leitmotiv reste la vengeance, sur fond de décor historique, et qui a le mérite de rester un tant soi peu léger, rendant la lecture plus qu’agréable pour une longue soirée d’été. Vincent Engel, en alternant les points de vue de ces personnages, n’hésite pas à jouer avec le lecteur, cherchant à le surprendre, ce qui fonctionne. Car, en effet, aucun de ses personnages n’est ce qu’il semble être. Chacun est animé de sa vengeance propre, de ses propres motivations qui les guident au fil du roman.

Mais la force de l’ouvrage réside dans la capacité de l’auteur à rendre chaque personnage sympathique au lecteur : en leur consacrant des chapitres dans lesquelles on découvre leur différents points de vue, on découvre des personnages meurtris au plus profond d’eux-mêmes et qui trouvent toutefois cette force de survivre et ce, dans l’élaboration de cette vengeance. Vincent Engel parvient même à reconstituer avec minutie les différentes périodes où se déroule l’ouvrage, faisant alors preuve d’un incroyable travail de recherche pour tenter de rendre l’histoire beaucoup plus véridique et réaliste en l’ancrant dans l’authenticité.

Le Miroir des illusions est, au final, un ouvrage rafraîchissant et qui nous invite à voyager avec l’auteur, de Venise à Berlin, en passant par Genève et New-York, dont le style fluide parvient à accrocher, à happer le lecteur qui assiste, captivé, hypnotisé, à cette histoire aux relents dumasiens.

 

Le Miroir des illusions de Vincent Engel, édition Les Escales, 2016, 512 pages, 21,90 euros.

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