Drama Queen Palace de Stéphane Corvisier

Son premier roman, Reine de nuit, publié en 2011, a remporté le prix Mottart de l’Académie française, prix soutenant la création littéraire. Véritable épopée burlesque, ce premier ouvrage a révélé un auteur dont la langue, douce et délicate, devenait brutale et cruelle. Cinq ans plus tard, Stéphane Corvisier, professeur de littérature de son état, revient avec un nouvel opus, intitulé Drama Queen Palace, toujours aux éditions Grasset. Le résultat donne une histoire sarcastique et ambitieuse, le tout présenté dans un écrin fait de raffinement et de lyrisme.

Le lecteur part à la rencontre de deux personnages hauts en couleur, si différents l’un de l’autre qu’ils en viennent à se compléter. Le lieu ? C’est un palace de la Riviera française,  où la jet-set s’alanguit sous le soleil de la Côte d’Azur avant de s’abrutir d’alcool lors de diverses réceptions et soirées. Armand Deshordes séjourne alors dans un hôtel de luxe, attendant avec impatience le retour de sa meilleure amie, répondant au doux nom de Fabiola di Orsola. Car Fabiola est une célèbre cantatrice sur le retour et qui est partie se reposer de peur de perdre sa voix, abandonnant derrière elle Armand qui s’adonne à son péché mignon : l’alcool. Et Armand n’hésite pas à boire, espérant trouver, dans les degrés, la possibilité d’oublier ses amours, toutes vouées à l’échec. Jusqu’au jour où, brisant cette solitude qui lui pèse, il fait une rencontre décisive, celle de Redjep, qui se drape du rôle de gigolo. Une rencontre à la fois pleine de désir, brutale et érotique, et fatale dans ce monde luxueux et sans concession de la jet-set.

 

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Drama Queen Palace de Stéphane Corvisier

 

Avec Drama Queen Palace, Stéphane Corvisier s’attache alors à décrire toutes les petites futilités d’un monde qui a déjà été énormément exploité à travers deux personnages largement stéréotypés : Armand, un alcoolique, écume les réceptions et les bars dans l’espoir de trouver l’étincelle d’un salut et l’ébauche d’une relation qu’il idéalise à outrance, tandis que Fabiola reste cette femme superficielle et toujours entourée d’une cour. Mais derrière ces stéréotypes, le vernis se craquèle et dévoile des personnages blessés, aux sentiments exacerbés par cette solitude dont ils ne peuvent se départir. Et il ne suffit que de quelques mots pour que Stéphane Corvisier parvienne à faire en sorte que le lecteur prenne conscience de l’envergure de l’amitié qui unit Armand et Fabiola. D’un roman aux personnages repus dans leur solitude, on passe à un roman sur l’amitié indéfectible avec virtuosité, tandis que le lecteur se délecte de cette écriture, de ce style feutré qui parvient à compenser les excentricités de ses personnages principaux.

L’écriture est véritablement le point fort de l’ouvrage : Stéphane Corvisier déploie avec brio son style et son talent pour mettre en scène ses personnages comme un peintre compose un tableau. Drama Queen Palace prend alors une forme théâtrale dans sa composition : ce sont trois actes qui amèneront le lecteur à un final où prendra véritablement sens cette amitié qui lie ces deux reines du drame avant le baisser du rideau. L’auteur affûte alors sa prose, délivrant, avec ce second ouvrage, un magnifique roman oscillant entre le tragique et le burlesque, le drame et la comédie, centré sur deux personnages fragiles qui se révèlent particulièrement sympathiques.

 

Drama Queen Palace de Stéphane Corvisier, éditions Grasset, 2016, 176 pages, 15 euros.

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