Dans les jardins du Malabar d’Anita Nair

Depuis ses premiers romans, dont Compartiment pour dames, son premier vrai succès, Anita Nair ne cesse de décrire une société indienne coincée par ce lourd héritage du passé, dominée par les hommes et divisée en différentes castes. Son regard, mêlant à son écriture une sensibilité et une poésie envoûtantes, explore sans concession ce pays chargé d’Histoire et aux multiples facettes. Ce passé, flamboyant et épique, est le sujet de son nouveau roman, le premier d’une trilogie, intitulé Dans les jardins du Malabar et publié aux éditions Albin Michel, plongeant le lecteur dans un formidable voyage dépaysant dans l’âge d’or de l’Inde.

L’ouvrage débute en 1625. Idris, neuf ans, jeune garçon somalien, accompagne son père, un marchand arpentant la route de la Soie avec sa caravane, quand un ouragan les surprend, forçant le jeune homme à trouver refuge sous des os de chameaux. Terrifié, Idris n’en sort pas indemne, perdant, plus que les illusions de l’enfance, son œil droit. Sa vie ne s’arrête pas pour autant là. Devenu marchand itinérant et solitaire, Idris continue d’arpenter les différentes routes commerciales dont les multiples rencontres qu’il fera l’éloignera temporairement de cette solitude faite sienne.

 

9782226320957-j
Dans les jardins du Malabar d’Anita Nair

 

Plus de trente ans passe, Idris continue de provoquer de la fascination pour autrui grâce à son visage irradié par son œil d’or, vestige inoubliable de cet ouragan. En 1659, en Inde, il décide d’assister à la fête de Mamankam, organisé par le Zamorin, le souverain tout-puissant du royaume de Malabar, situé au sud-ouest de la péninsule indienne, un royaume en proie à une insécurité proche de la guerre civile : un groupe du nom de Châver, réunissant de farouches guerriers, est prêt à se battre et à mourir pour tuer le Zamorin. Un soir, alors que les Châver s’apprêtent à passer à l’action, Idris tombe nez à nez avec Kandavar, un petit garçon à la peau aussi noire que la sienne, qui se révèle être, par un coup du sort et grâce à la présence d’un pendentif en corail, son fils, issu d’une relation sans lendemain avec Kuttimalu, une femme issue d’une caste inaccessible au marchand. Idris décide alors de détourner le garçon de son projet consistant à rejoindre les Châver. Il parvient alors à convaincre l’oncle de Kandavar de laisser le jeune garçon prendre la route à ses côtés, lui qui se fait appeler l’«éternel voyageur qui cherche la mesure de la Terre et de l’homme ». C’est alors le début d’un formidable voyage initiatique.

Initiatique, ce voyage l’est autant pour Kandavar que pour Idris : Kandavar découvre alors un monde qu’il ne connaissait pas, apprend avec humilité les leçons de vie que lui prodigue Idris, qui partage avec le garçon ses expériences. Ce dernier sort alors du confort dans lequel il était enfermé, apprendre à pêcher et entrevoit une nature qu’il ne soupçonnait pas. Quant à Idris, c’est l’apprentissage de son rôle de père : en pleine communion avec la nature et solitaire en temps normal, il va découvrir la mission la plus importante de sa vie, qui consiste en la personne de Kandavar. Débrouillard, Idris joue, autant pour Kandavar que pour le lecteur, le rôle de guide et nous permet de découvrir, avec réalisme, l’Inde du XVIIe siècle, un pays au carrefour entre l’Occident et l’Orient, à la croisée des civilisations, mais encore régit par des règles et des lois rétrogrades, qui font toutefois la particularité et l’originalité du pays.

Dans les jardins du Malabar demeure toutefois un ouvrage un peu difficile d’accès, tant Anita Nair a travaillé son sujet : brossant un tableau de cette Inde du XVIIe siècle, on ressent que l’auteur a entrepris de nombreuses recherches avant d’entamer l’écriture de son ouvrage. En multipliant les formules et les mots étrangers, dont un glossaire en fin de volume permet au lecteur de s’y retrouver, Anita Nair cherche à dresser un portrait le plus réaliste possible, compliquant néanmoins la lecture. Néanmoins, l’ouvrage baigne dans une atmosphère proche des contes des Milles et Une Nuits : réaliste d’un côté, surréaliste de l’autre, renforcé par le personnage d’Idris, complètement magnétique.

Roman d’époque et roman d’aventure, Dans les jardins du Malabar est un excellent préambule à une histoire beaucoup plus riche et au vaste univers. Le style d’Anita Nair reste limpide, malgré les nombreux mots étrangers, qui participent toutefois au dépaysement du lecteur, faisant de cet ouvrage un excellent roman d’aventure, idéal pour l’été.

 

Dans les jardins du Malabar (Idris. Keeper of the light) d’Anita Nair, traduit de l’anglais par Dominique Vitalyos, éditions Albin Michel, 2016, 448 pages, 23 euros.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s