Agatha Raisin enquête : La quiche fatale de M. C. Beaton

Voici plus de 36 ans que M. C. Beaton, de son vrai nom Marion Chesney, s’adonne avec plaisir à l’écriture, alternant les genres littéraires tout comme les pseudonymes. Et pour vivre cette passion, l’Écossaise peut compter sur son imagination fertile qui l’amènera à créer deux personnages qui s’illustreront dans leur propre série de romans : Hamish Macbeth qui débutera sa carrière en 1985 et Agatha Raisin, dont les premières enquêtes viennent de paraître aux éditions Albin Michel et qui apparaît pour la première fois dans le roman La quiche fatale.

Agatha Raisin a la cinquantaine bien tassée. Dirigeante de sa propre agence de relations publiques à Londres, elle décide de profiter de son succès pour prendre une retraite anticipée bien méritée. Vendant son agence et se débarrassant de tout ce qui la retenait à Londres, Agatha Raisin devient la propriétaire d’un petit cottage à Carsely, dans un village pittoresque des Cotswolds, une région aux collines verdoyantes et désignée comme étant une AONB,  Area of Outstanding Natural Beauty (un espace d’une remarquable beauté naturelle). Après un paysage de béton, place à un environnement naturel et champêtre pour la quinquagénaire au tempérament bien trempé qui décide de se plonger avec délectation dans la lecture, et plus particulièrement dans les romans d’Agatha Christie.

 

51TXlwfH7OL
Agatha Raisin enquête : La quiche fatale de M. C. Beaton

Passée l’euphorie de l’installation, Agatha Raisin va, peu à peu, plonger dans l’ennui et dans l’inaction, ce qui la poussera à rencontrer les différents personnages peuplant Carsely, du révérend Alfred Bloxby et sa femme au couple Cummings-Browne dont le mari participe, en tant que juge, à un concours de quiche. Il n’en faut pas moins pour qu’Agatha Raisin décide de concourir, surtout quand on a, comme elle, une irrésistible rage de vaincre teintée d’un soupçon de mauvaise foi. Car, gagner ce concours, qui est remporté depuis plusieurs années par une femme du nom de Mrs. Cartwright, est le tremplin idéal pour être accepté dans le village de Carsely, ce dont Agatha Raisin a besoin pour lui permettre de repartir de bon pied avec quelques membres de cette communauté, dont sa voisine, Mrs. Barr, à laquelle elle trouve le moyen de débaucher sa femme de ménage dès son installation.

Sortant alors du confort rustique du pub de la ville, le Red Lion, et de celui de son cottage, ses deux lieux favoris, avec une forte prédilection pour le premier, Agatha Raisin décide de mettre en pratique ses talents de cuisinière pour confectionner une tarte aux épinards, dont raffole Mr Cummings-Browne. Pour ce faire, direction Londres et plus particulièrement chez un célèbre traiteur qui élabore les meilleures quiches de la capitale. Sûre de sa victoire, Agatha Raisin attend avec impatience le jour du concours qui approche à grand pas. Un jour J qui sera mémorable tant sa quiche est mortelle, au sens littéral du terme, bien sûr, vu que Mr Cummings-Browne sera retrouvé mort après avoir pris un morceau de quiche. Une seule solution s’offre alors à Agatha Raisin : dire la vérité sur la provenance de sa tarte – et admettre la tricherie – et se disculper aux yeux du village en découvrant elle-même l’assassin. Car Agatha est sûre d’une chose : Mr Cummings-Browne a été assassiné.

Elle fume, elle boit et n’a pas sa langue dans sa poche, légèrement égocentrique, souvent lunatique, cette Miss Marple de la fin du XXe siècle est la grande réussite de M. C. Beaton qui met en scène une femme indépendante et moderne, loin du conservatisme qui émane des romans d’Agatha Christie. Mais, loin d’être ce personnage sans faille dont on pourrait s’attendre, l’auteur n’hésite pas à humaniser au maximum son héroïne, que ce soit par rapport à son passé qui implique des parents et un mari alcooliques ou dans ses gestes empreints de maladresse, la rendant toujours plus crédible pour le lecteur. Agatha Raisin est, au final, le véritable point fort de l’ouvrage, au même titre qu’Hercule Poirot ou Philip Marlowe donnaient tout l’intérêt à leurs romans, au point où elle parvient à éclipser l’enquête policière qui passe, finalement, au deuxième plan.

Car, en effet, on suit avec plus d’intérêt les tribulations de l’héroïne et ses relations avec son voisinage qui donnent lieu à un véritable choc de civilisation : d’une part, une quinquagénaire résolument moderne, fraîchement débarquée de la capitale, une femme entreprenante avec un côté garçon manqué, d’autre part, un petit village ancré dans la nostalgie d’un passé qui ne passe pas et où la place de chacun est déjà définie, quasi immuable, dont la vie est rythmée par la messe du dimanche et par les différentes réunions de la Société des dames de Carsely, entre concours de cuisine et vente aux enchères. Terriblement pittoresque, Carsely et ses habitants forment le contrecoup résolument comique à la tonitruante Agatha.

La quiche fatale est, au final, une première enquête qui résonne plus comme une présentation des personnages et la mise en place d’un univers policier à tendance humoristique, comme en témoigne l’arrivée d’un nouveau voisin à la fin de l’ouvrage qui formera, avec Agatha, un duo sympathique qui fera ses armes dès le prochain roman.

 

Agatha Raisin enquête : La quiche fatale (Agatha Raisin and the quiche of death) de M. C. Beaton, traduit de l’anglais par Esther Ménévis, éditions Albin Michel, 2016, 324 pages, 14 euros.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s