Insoumises de Javier Cosnava et de Rubén

Insoumises est le fruit de la collaboration entre Javier Cosnava, écrivain et scénariste espagnol, et le dessinateur Rubén, connu dans nos contrées pour avoir travaillé à une adaptation en bande dessinée des Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas. Et c’est une collaboration que l’on peut qualifier de réussie et récompensée par le prix BD 2012 de la ville de Palma de Majorque. Publié aux éditions du Long Bec, cet album ambitieux retrace un pan de l’histoire espagnole contemporaine qui précède la création de l’État franquiste.

Insoumises, c’est un peu une histoire du chiffre trois : on y rencontre trois femmes, lors de trois évènements dramatiques majeurs du XXe siècle, à travers trois chapitres qui sont chacun consacré à l’un de ces personnages. Nous sommes en 1934, à Oviedo, en pleine révolte des Asturies, une insurrection dont le déclenchement est dû à un groupe de mineurs contre le gouvernement espagnol et dont le mouvement s’amplifiera au point de pouvoir être qualifié de révolution. Une révolte qui sera immortalisé par Albert Camus dans une pièce de théâtre. Mais, à la différence de la réalité, Albert Camus sera le personnage principal du prologue et sa pensée transparaîtra à travers ces trois femmes que décrit l’album de Rubén et de Cosnava.

 

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Insoumises de Javier Cosnava et Rubén

 

Ces trois femmes, ce sont Fé, Esperanza et Caridad, féministes avant l’heure, empreintes d’idéologie, ferventes défenseuses de la liberté et de cette égalité qui va de paire. D’ailleurs, cette liberté est un mot qui revient dans leurs bouches, c’est un droit qui les définit. Car elles sont libres, que ce soit dans leurs manières de penser que dans leurs sexualités : venant d’horizons différents, elles vont se battre pour cette cause qui leur paraît juste, d’abord lors de cette révolte des Asturies, puis par la libération de Paris, avant de côtoyer les pavés de mai 68. Portées par leur foi en l’amour et cette soif de liberté, elles font preuve de combativité et de détermination pour parvenir à se faire une place au milieu des hommes.

Mais ce qui rend vraiment ces femmes touchantes, ce sont les failles qu’elles dissimulent. Vulnérables, elles se servent de cette faiblesse pour en sortir grandies, avec la rage de vaincre et de guider les gens, au point où elles pourraient toutes remplacer cette figure de la Liberté sur le célèbre tableau de Delacroix. Le graphisme en bichromie renforce ici cette idée de force et de résolution, en préférant s’attarder sur l’action qui se déroule sous les yeux du lecteur, tout en donnant un petit côté vieilli à l’ensemble, une teinte sépia de photographie.

Le point fort de l’album réside dans la volonté de ses auteurs de faire vivre une aventure hors du commun aux lecteurs, en leur choisissant pour guides trois femmes en avance sur leur temps, ouvertes et charitables, prêtes à se sacrifier pour autrui. C’est une véritable épopée émouvante qui nous est ici proposée, une histoire dont on ressort avec un sentiment de bonheur, notamment face à cette dernière image, celle de trois femmes soudées, vieillies par les années écoulées mais avec une volonté de fer toujours intacte. Rubén et Cosnava signent ici une histoire humaine et émouvante qui ne cesse de résonner à l’oreille du lecteur, une fois l’album refermé.

 

Insoumises (Las Damas de la Peste) de Javier Cosnava et de Rubén, traduit et adapté de l’espagnol par Isabelle Krempp et Roger Seiter, éditions du Long Bec, 2016, 96 pages, 17 euros.

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