La Part des Flammes de Gaëlle Nohant

Ce fut un succès surprise lors de sa parution en 2015, faisant le buzz avant sa parution et projetant sur la scène littéraire son auteur, Gaëlle Nohant, dont son premier roman, nous transportant au début du XXe siècle, a été publié en 2007. La Part des Flammes, son second roman, publié aux éditions du Livre de Poche, lauréat du Prix du livre France Bleu et Page des Libraires 2015, est un captivant roman historique porté par des personnages attachants et par une très belle plume, raffinée et gracieuse.

L’ouvrage débute en mai 1897, en plein Paris bourdonnant de sa préparation à l’Exposition universelle de 1900, dont le thème sera celui de la synthèse en s’attachant au bilan du siècle écoulé. La noblesse fait jeu égale avec la bourgeoisie tandis que le sentiment de la fin d’un monde tel qu’on l’avait connu se fait doucement ressentir. Une grande vente de bienfaisance, la plus importante d’autant plus que des comtesses et des duchesses en joueront le rôle de vendeuses, est organisée au Bazar de la Charité, faisant de cette vente l’un des rendez-vous les plus mondains de cette année 1897. Sophie, la duchesse d’Alençon, dont l’illustre sœur n’est autre que l’impératrice Elisabeth d’Autriche (plus connue sous le diminutif de Sissi), y tient alors un bureau de vente, pour lequel elle prend sous son aile deux jeunes femmes : Constance d’Estingel, jeune femme revenue du pensionnat des dominicaines de Neuilly et qui vient de rompre ses fiançailles avec un homme du nom de Laszlo de Nérac et la comtesse Violaine de Raezal, déjà veuve malgré son jeune âge et considérée comme une parvenue par ses pairs.

 

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La Part des Flammes de Gaëlle Nohant

 

Le 4 mai 1897 reste un jour particulier pour le Bazar de la Charité, un jour de forte influence, notamment en raison de la venue d’un nonce apostolique venu bénir le lieu où se déroule la vente. Un terrible incendie se déclare alors, causé par la combustion des vapeurs de l’éther utilisé pour alimenter les lampes de projection du cinématographe, alors à ses balbutiements. La tragédie marquera les esprits, coûtant la vie à plus d’une centaine de personnes, dont la duchesse d’Alençon. S’affrontent alors deux mondes, querelle ancestrale des Anciens et des Modernes, d’une part ceux rejetant le cinématographe, jugé comme un divertissement de foire, pleurant la disparition d’un monde qu’ils jugeaient meilleur, d’autre part, ceux qui parviennent à trouver dans cet évènement la force d’avancer, trouvant dans la symbolique des flammes une renaissance salutaire. Ainsi en est-il de la comtesse de Raezal et de Constance d’Estingel, qui doivent d’abord passer par le deuil de la duchesse d’Alençon.

Je le disais en introduction, la force du roman réside en premier lieu dans ses personnages attachants et, en premier lieu, la figure de la duchesse d’Alençon qui survole l’ouvrage complet, tant son ombre plane dessus. Les multiples personnages, que ce soit historiques ou inventés par l’auteur, se croisent et se recroisent dans un ballet gracieux, fait de salons, de soirées à l’Opéra ou de réceptions. Gaëlle Nohant s’attache, à travers leurs vues, à retranscrire avec délicatesse et d’une manière la plus réaliste possible ce Paris de la fin du XIXe siècle et ces Parisiens, oscillant encore entre la noblesse d’antan et la nouvelle bourgeoisie, entre les traditions d’alors, comme ce duel, magnifique, haletant, et ce qui fera notre monde moderne, à l’instar de ces coupures de presse qui émaillent le roman et dont on perçoit, d’une manière sous-jacente, l’importance qu’elle va acquérir et la naissance de la psychanalyse et des dérives des cliniques de l’époque.

Et, outre ces personnages, l’ouvrage se repose sur une écriture délicate, raffinée, dans laquelle le lecteur peut mesurer le soin apporté aux tournures de phrases, ainsi qu’à la construction du roman, qui tient, par instant, à ceux des romans-feuilletons de ce siècle. La plume de Gaëlle Nohant croque avec élégance les relations que l’aristocratie entretient alors avec ses domestiques et nous délivre un roman riche en rebondissement, dans lequel coule un souffle épique, ne serait-ce lorsqu’il s’agit de procéder à l’enlèvement d’un personnage.

La Part des Flammes relève plus de la fresque historique dans laquelle Gaëlle Nohant, tel un peintre, expose par petites touches ce monde aux bords de la fracture. Haletant et touchant, il en résulte une lecture addictive, faisant preuve de grandes qualités littéraires et dont on quitte ces personnages qu’à regret. Il n’en reste pas moins que c’est un véritable coup de cœur.

 

La Part des Flammes de Gaëlle Nohant, éditions Le Livre de Poche, 2016, 552 pages, 8,60 euros.

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