Ma part de Gaulois de Magyd Cherfi

Ouvrage lu dans le cadre des Explorateurs de la rentrée littéraire, évènement organisé par le site www.lecteurs.com

 

On peut dire que Magyd Cherfi a toujours eu l’écriture dans le sang. Dès son plus jeune âge, écrire a été pour lui un jeu, une manière d’explorer le langage et la parole, d’exprimer des sentiments, qu’ils soient réels (de préférence) ou imaginaire, et d’entamer un jeu aux possibilités  infinies. Parolier du groupe Zebda, il fut à l’origine du texte de leur plus célèbre chanson, Tomber la chemise, dont le refrain, entêtant, entraînant, résonne encore dans nos têtes. C’est en se tournant vers la littérature, au début des années 2000, que Magyd Cherfi, grand admirateur de Madame Bovary, parvient à assouvir sa passion, tout en questionnant sa véritable identité. Son nouvel ouvrage, Ma part de Gaulois, publié aux éditions Actes Sud, revient sur son enfance et son adolescence et sur cette quête inlassable dont l’écho résonne toujours, de nos jours, dans les quartiers.

1981 ne fut pas seulement l’année de l’élection de Mitterrand. Ce fut aussi l’année où Magyd, un petit Beur des quartiers nord de Toulouse, passa son baccalauréat, en filière A, celle que l’on connait de nos jours comme la série littéraire. Une première pour la rue Raphaël où réside Magyd. Déjà que le garçon ne passait pas inaperçu dans la cité, toujours un livre à la main ou en train d’écrire un poème, le voici comme étant le premier à passer son bac dans le quartier. Et ce, avec une énorme pression qui a pour visage sa mère pour qui l’unique tâche consiste à ce que Magyd réussit son bac.

 

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Ma part de Gaulois de Magyd Cherfi

 

De cet évènement, qui prend des proportions impensables, Magyd Cherfi réussit à en tirer un récit touchant de sincérité, qui prend des allures de quête identitaire. Car en parvenant à passer le baccalauréat, Magyd se retrouve malgré lui investi d’une mission et revêtit un habit de messie : mettre fin, au nom de toute sa cité, à l’échec scolaire qui gangrène la rue Raphaël. Et, en premier lieu, pour réussir, il va chercher à s’intégrer et à accepter une double-culture : d’abord celle de sa famille, de ses origines, puis celle qui est enseignée à l’école, qui deviendra sa « part de Gaulois ».

Retraçant son vécu et la réalité dramatique et toujours actuelle des banlieues, Magyd Cherfi s’ouvre aux lecteurs avec sincérité et toujours avec humour. D’un style particulièrement agréable et fluide, l’auteur parvient à donner à son récit une teinte sépia particulièrement appréciable. Ses souvenirs croquent avec bonne humeur ces heures difficiles de l’adolescence où une simple différence pouvait exclure d’un groupe. Sans jamais oublier de faire preuve d’autodérision, l’auteur raconte ses expériences de soutiens scolaires aux plus jeunes de son quartier tout en dressant un tableau de la France des années 1980 à travers l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand et la naissance d’une gauche bobo qui prend corps dans ses amis de lycée.

Mais c’est aussi le récit d’un choc des civilisations, pour ne pas dire une guerre de religion qui se produit chez le jeune Magyd : d’un côté l’école de la République, dont l’enseignement s’établit sur des bases judéo-chrétiennes, et sa vie de famille et de quartier d’autre part, de confession musulmane, faisant preuve des us et coutumes d’origine, comme le mouton que lui offre son père pour la fête de quartier. Deux civilisations avec lesquelles il va devoir composer  seul, pour se créer sa propre identité, pour « rire encore, finir par rire de tout, vaincre » [page 48].

Magyd Cherfi parvient à signer un ouvrage léger et profond, à la fois drôle et sérieux, sans concession, dans lequel il décrit avec justesse l’état des quartiers et ces jeunes qui se retrouvent abandonnés, délaissés par l’État. Une réalité qui a, malheureusement, encore cours de nos jours, avec des effets plus terribles qu’une simple déscolarisation.

 

Ma part de Gaulois de Magyd Cherfi, éditions Actes Sud, 2016, 272 pages, 19,80 euros.

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