Stéphane Bourgoin présente les 13 meilleures histoires de serial killers

Stéphane Bourgoin peut se targuer d’être l’un des plus grands spécialistes des tueurs en série. Véritable autodidacte, cela fait plus de trente ans qu’il étudie avec minutie les profils-types de serial killer, que ce soit les pulsions qui les assaillent que le mode opératoire mis en place, grâce, notamment, à des rencontres et des interviews avec les principaux intéressés : à ce jour, Stéphane Bourgoin a pu, en effet, s’entretenir avec plus de 70 serial killers et côtoyer l’horreur à sa stricte réalité. Après un passage par le premier volume de la série True Crime, dans laquelle il racontait l’histoire de Blaise Ferrage, individu du XVIIIe siècle pouvant être considéré comme le premier serial killer, Stéphane Bourgoin fait paraître une nouvelle anthologie aux éditions Ring, regroupant une sélection des meilleures histoires de tueurs en série.

 

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Les 13 meilleures histoires de Serial Killers de Stéphane Bourgoin (dir.)

 

Les tueurs en série, ce n’est pas nouveau, fascinent. La preuve en est la multitude de romans ou de films qui mettent en scène leur traque ou, plus original, leur exposition sur le devant de la scène, en tant que personnages principaux, comme dans la série télévisée Dexter – et dans les romans qui lui sont consacrés en premier lieu – leur octroyant le rôle d’un antihéros. De Jack l’Éventreur en passant par les époux Martin et leur fameuse auberge, ou encore Charles Manson et l’attraction qu’il exerça au point d’être le fondateur d’une secte, le serial killer terrifie, angoisse et fascine et demeure un être complexe et indépendant : loin de se ressembler, ils sont différents l’un de l’autre, que ce soit dans leur motivation ou dans leur passage à l’acte mais ils ressentent le même soulagement, la même plénitude une fois leur victime morte.

La fascination du public pour les tueurs en série ne date toutefois pas d’aujourd’hui, comme le prouve l’anthologie de Stéphane Bourgoin : avec l’essor de la presse périodique à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, l’apparition de magazines spécialisées et le recul de l’illettrisme ont entraîné la publication de revues et de fascicules mettant en scène des héros détectives ou une relations des faits divers sanglants, plus ou moins fidèles à la réalité. Les récits changent aussi sur la forme : la découverte du coupable ne devient plus l’unique ressort de l’histoire, les auteurs s’attachent alors à explorer le mobile et la psychologie des tueurs, comme l’explique Stéphane Bourgoin dans son introduction : il n’est plus question de donner une réponse à qui a fait ça ? mais d’explorer le pourquoi ?

Stéphane Bourgoin réunit donc, dans son volume, treize récits, datant de la fin du XIXe siècle pour le plus ancien jusqu’au début des années 90 pour le plus récent, qui présentent la même particularité : explorer les pulsions macabres et sinistres de tueurs se fondant dans la foule et se promenant dans les rues. Un personnage, toutefois, se détache des récits : il s’agit d’un même personnage, le plus énigmatique de tous, tant son identité réelle n’a jamais été élucidé, Jack l’Éventreur. Présent dans de nombreux récits de l’ouvrage, Jack l’Éventreur devient alors une sorte d’archétype de tueur en série, d’autant plus fascinant qu’il demeure encore inconnu et que ses motivations sont encore floues, d’autant plus terrifiant qu’il s’attaque à la figure féminine, se tapissant dans le fog des nuits londoniennes.

La seconde originalité de l’ouvrage réside dans les deux derniers récits qui composent l’ouvrage : écrits par Gerard Schaefer et Charles Manson, sûrement les deux grands tueurs en série de la seconde moitié du XXe siècle, ces histoires présentent à merveille les motivations des serial killers et exposent avec brio les fantasmes qui les assaillent. Si l’histoire de Gerard Schaefer donne à entrevoir la pensée la plus intime de l’individu, celle de Charles Manson donne naissance à un récit hallucinant et dérangeant.

Terrifiantes, c’est ainsi que l’on peut décrire ces treize histoires choisies par Stéphane Bourgoin : elles le sont, en effet, par ce trait psychologique que les auteurs dessinent avec brio. L’histoire et le déroulement de l’enquête – si enquête il y a – importent peu ici car il s’agit de livrer une représentation réaliste et véridique du tueur en série. Si la présence, au détour d’une nouvelle, d’un Sherlock Holmes bien décidé à identifier Jack l’Éventreur a de quoi rassurer, il n’en demeure pas moins que l’on est face à une description des pulsions meurtrières incontrôlables qui considèrent la ou les victime(s) comme un objet dont la seule utilité est de les assouvir. Et ce réalisme, insufflé par les auteurs dans ces récits, rend ces histoires plus inquiétantes encore car délivrant un portrait peu reluisant du genre humain.

Stéphane Bourgoin parvient, avec ces 13 meilleures histoires de serial killers, à dresser un portrait-type du tueur en série : en livrant au lecteur une sélection de récits tous plus intéressants les uns que les autres, le spécialiste donne un aperçu de ces pulsions morbides et de cette absence de remords. C’est une anthologie captivante qui entraîne le lecteur au plus profond de l’esprit de prédateurs, à l’affût de leur prochaine victime.

 

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Les 13 meilleures histoires de serial killers présenté par Stéphane Bourgoin, éditions Ring, 2016, 416 pages, 19,90 euros.

 

 

True Crime, volume 1 : les Prototypes de Frédéric Ploquin (dir.)

Depuis plus d’une vingtaine d’années, les émissions télévisées retraçant des faits-divers rencontrent un public toujours plus important. Faites entrer l’accusé est l’exemple même de l’intérêt des téléspectateurs dans ce domaine, Pierre Bellemare, tout en continuant sa carrière littéraire consacrée à des histoires vraies, trouve un nouvel écho en présentant Les Enquêtes impossibles alors qu’un nouveau rendez-vous télévisé, sobrement intitulé Crimes, apparaît sur les écrans en 2013. Un intérêt qui ne se dément pas, ancré dans le réel et dépassant alors l’imaginaire du roman policier : c’est l’une des raisons du succès de ces émissions et des ouvrages qui retracent ces enquêtes qui firent la une des journaux de l’époque, donnant naissance à des compilations comme la dernière venue en date, éditée par les éditions Ring, spécialisées dans les romans policiers et les thrillers : True Crime.

 

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True Crime, volume 1 : Les Prototypes

 

Conçue par Frédéric Ploquin, expert du grand banditisme français, True Crime est une nouvelle série qui fait appel aux plus grands spécialistes du fait-divers dans le but de proposer deux volumes par an et dont chaque ouvrage s’intéressera à un thème en particulier. Et, en guise de mise en bouche, True Crime s’intéresse, pour sa première parution, aux prototypes, à ceux qui donneront naissance à des émules, des imitateurs.

De l’affaire du baron Empain, merveilleusement détaillée par Frédéric Ploquin, au premier gang terroriste, en passant par l’histoire du terrifiant Unabomber qui terrorisa les États-Unis à la fin des années 70, ce premier volume de True Crime a le mérite de ne pas se cantonner aux faits-divers du XXe siècle, preuve étant que ce siècle en question est loin d’avoir inventé le crime. En s’attachant à retracer, par Anne-Sophie Martin, l’affaire de la veuve Gras, en 1876, ou celle de Blaise Ferrage, le premier tueur en série français au XVIIIe siècle, sous la plume de Stéphane Bourgoin, le fait-divers devient chronique. Une chronique qui certes se lit comme un roman policier, mais qui devient aussi une étude des mœurs de l’époque, que ce soit dans le mobile – s’il y en a un – ou dans la façon dont est appréhendée l’affaire par les pouvoirs publics.

En faisant appel à des spécialistes comme Alain Bauer, criminologue, Charles Diaz, commissaire de police, ou encore Dominique Rizet, spécialiste police-justice sur BFM TV, Frédéric Ploquin s’entoure de passionnés pour livrer sans concession et avec force de détails neuf enquêtes captivantes où se côtoient l’horreur et la folie, livrant ainsi une description des bas instincts de l’être humain et des pulsions qui s’assaillent. Aussi terrifiant que passionnant, True Crime se révèle être un ouvrage ensorcelant que l’on ne peut reposer qu’une fois la lecture achevée, trépignant alors d’impatience en attendant la parution d’un second volume en novembre et qui s’intitulera Sexe et passions fatales. Tout un programme !

 

True Crime, volume 1 : Les Prototypes, sous la direction de Frédéric Ploquin, éditions Ring, 2016, 288 pages, 18 euros.