La Reine des Sicambres d’Ambroise Liard

Déjà auteur de trois romans historiques, Ambroise Liard, avocat de son état, met sa passion pour l’Histoire au service de sa plume. Explorant les périodes au fil de ses ouvrages, de l’explosion du rock’n’roll en passant par la Révolution Française et l’expédition égyptienne de Bonaparte, Ambroise Liard décide de transporter, dans son nouveau roman, La Reine des Sicambres, publié aux éditions du Toucan, à l’époque mérovingienne, époque rarement explorée dans le cadre d’un roman.

Tout part d’une phrase historique, prononcé par l’évêque Remi lors du baptême de Clovis : « Courbe la tête, fier Sicambre, abaisse humblement ton cou ! » C’est par ces mots, rapportés par Grégoire de Tours dans son Histoire des Francs, que Clovis reçoit alors des mains de Remi le baptême, ainsi que ses 3 000 guerriers. Cette phrase énigmatique va interpeller Renate, l’une des suivantes de la reine Clotilde et dont les origines restent troubles. En effet, la jeune fille est élevée par un moine du nom d’Aetius, qui se révèle être le gardien des origines de Renate.

 

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La Reine des Sicambres d’Ambroise Liard

 

Le soir venu, marqué par les festivités post-baptême, Renate est victime d’une tentative de viol commise par Gondioc, l’un des meilleurs compagnons d’armes du roi franc. Elle s’en échappera grâce à l’arrivée d’Aetius qui tuera l’homme, condamnant alors sa jeune protégée à l’exil, avec l’accord de la reine qui la chargera d’une mission. De cet exil ressortira irrémédiablement un danger plus grand encore, forçant la jeune Renate à arpenter les routes de la Gaule et surtout à apprendre à faire confiance à un inconnu, Euric, qui deviendra, au fil des embuches d’un allié redoutable.

Ambroise Liard décide, pour son nouveau roman, d’opter pour un style épuré, privilégiant l’action et l’immersion dans une société rarement mise en scène dans les romans historiques : l’époque mérovingienne, décrite alors dans toute sa violence, prend vie sous les yeux du lecteur, dévoilant l’incroyable travail fait en amont par l’auteur pour s’approprier les us et coutumes de l’époque, ainsi que certaines spécificités, que ce soit le nom des armes que certaines citations latines, le tout agrémenté de nombreuses notes de bas de pages.

Le style épuré de l’auteur permet à l’histoire de ne subir aucun temps mort, comme l’on peut en trouver dans certains romans historiques. En se contentant de narrer l’essentiel, l’auteur alterne scène de la vie quotidienne à des phases d’action décrites avec concision, mais une concision qui fait toutefois un peu défaut au roman : certaines scènes auraient eu le mérite à être davantage développées et la relation entre Renate et Euric aurait davantage gagné en profondeur.

En faisant sienne la citation de Ian Flemming : « Everything I write has a precedent in truth », l’auteur montre cette volonté de mettre en scène l’Histoire. Dans une courte conclusion explicative, Ambroise Liard donne quelques clefs concernant son roman et démontre encore une fois l’immense travail de recherche fait en amont.  L’Histoire devient alors un lieu propice à l’imagination, permettant aux auteurs d’en réinventer, à l’instar d’un Alexandre Dumas, un large pan, tout en gardant une base historique indéniable.

La Reine des Sicambre se révèle être un ouvrage solide, prenant base sur un incroyable travail de recherche, et un roman historique happant et captivant l’attention du lecteur qui est d’emblée transporté à la fin du Ve siècle. Mettant en scène un personnage féminin fort, le roman enchaîne les scènes fortes, décrivant un monde violent et où plane une certaine aura de mystère qui entoure le personnage de Renate. L’ouvrage est, au final, une lecture agréable, agrémentée d’un style épuré et d’une histoire séduisante.

 

La Reine des Sicambres  d’Ambroise Liard, éditions du Toucan, 2016, 224 pages, 15 euros.